Yann Wehrling : «un traité contre la pollution plastique n’est peut-être pas une solution»

Le 27 novembre 2020 par Stéphanie Senet
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Yann Wehrling préfère renforcer les initiatives volontaires existantes
Yann Wehrling préfère renforcer les initiatives volontaires existantes

Alors que deux tiers des Etats membres de l’ONU s’avèrent favorables à un nouvel accord international pour réduire la pollution plastique, l’ambassadeur français délégué à l’environnement Yann Wehrling estime qu’un traité n’est peut-être pas la voie la plus efficace pour y parvenir. Explications.

Où en sont les discussions internationales autour d’un éventuel traité contre la pollution plastique ?

Le groupe de travail sur les plastiques marins mis en place par l’assemblée d’ONU Environnement s’est réuni à plusieurs reprises en 2018 et 2019. La dernière réunion, qui s’est tenue début novembre, a montré des avancées. Désormais, deux questions sont sur la table. Quel outil international est le plus pertinent pour lutter contre la pollution plastique ? Et quels sont les instruments pour améliorer la gestion des déchets plastiques et chimiques ? La suite sera déterminée lors de la prochaine assemblée d’ONU Environnement, prévue a priori en février mais qui risque d’être reportée à cause de la pandémie. C’est à ce moment-là qu’un mouvement peut être initié vers un nouveau traité ou d’autres outils juridiques. Si l’on s’oriente vers un traité, il faudra ensuite une résolution de l’assemblée générale de l’ONU pour lancer officiellement des négociations.

Deux tiers des Etats membres de l’ONU semblent favorables à la conclusion d’un accord, sans parler encore de traité. Les Etats-Unis étaient jusque-là opposés, le Royaume-Uni semble hésiter. Qu’en pense la France ?

On se pose des questions sur l’efficacité d’un traité même si on est bien sûr très inquiets de cette l’explosion de la pollution de l’environnement par les plastiques. Je ne dis pas que la France est contre un traité. Nous n’avons pas encore tranché. Mais un traité n’est peut-être pas la solution la plus efficace. Il faut savoir que cela nous engage sur un chemin très long puisqu’il faut en général 10 ans de négociations pour arriver à sa conclusion. Par ailleurs, de nombreux pays se sont montrés réticents à une réduction de la production plastique à la source. En revanche, il existe déjà de nombreuses initiatives mondiales, qui se sont lancées au cours des dernières années, et qui associent des collectivités, des entreprises, comme le partenariat mondial pour les déchets marins, le New Plastic Global Commitment de la fondation Ellen MacArthur (voir l’article du JDLE). Certaines sont prometteuses. Comment être le plus efficace ? Il faut peut-être avant tout consolider l’existant, même si l’on n’ignore pas la portée symbolique et politique importante d’un traité.

La plupart des initiatives existantes ciblent l’aval, l’amélioration de la collecte et du recyclage des déchets plastiques, en particulier dans les pays en développement. Un accord contraignant n’est-il pas plus efficace pour plafonner la production à la source ?

C’est tout l’enjeu des débats en cours. Il faut préciser le contenu d’un engagement au niveau international, et savoir s’il vise la réduction de la production, la collecte et la gestion des déchets, leur non dispersion dans les cours d’eau, etc. Sur le terrain de la réduction à la source, les oppositions sont fortes et nombreuses. J’ai pu le voir lors des négociations dans le cadre de la convention sur la diversité biologique, qui identifie le plastique comme une source de pression. Seule l’Union européenne et quelques pays d’Afrique et d’Amérique du Sud s’avèrent ambitieux pour le réduire à la source, quitte à interdire certaines plastiques à usage unique. Ce n’est pas le cas de l’Inde, ni de la Chine, ni du Canada. La plupart des Etats ciblent surtout l’aval, ce qui a d’ailleurs du sens sur le continent africain et en Inde. Si un traité aboutit seulement à des engagements en matière de traitement, ça ne sert à rien. On peut aller plus loin très vite sans traité. Ce n’est pas très compliqué.

Quels sont les outils alternatifs disponibles au niveau international ?

Il y a d’autres idées sur la table, comme la création d’une plateforme multi-acteurs, pilotée par le PNUE[1], qui coordonnerait toutes les initiatives existantes. Il y a aussi un projet de « Giec »[2] dédié aux produits et déchets chimiques[3]. Ce sont des solutions à étudier.

Plusieurs ONG, dont le WWF et la Fondation Ellen MacArthur, militent pour l’élaboration d’un traité limitant la pollution plastique. Selon l’Environmental International Agency (EIA), ce traité doit réglementer le reporting de cette pollution, sa prévention, la coordination des mesures d’action, et un soutien technique et financier aux pays en développement.

 



[1] Programme des Nations unies pour l’environnement

[2] Sur le modèle du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

[3] https://www.journaldelenvironnement.net/article/bientot-un-giec-de-la-pollution-chimique,96745