Vous prendrez bien un peu d’algues au cadmium

Le 27 juillet 2020 par Romain Loury
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Les algues pas dénuées de contaminants
Les algues pas dénuées de contaminants
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Les algues destinées à la consommation alimentaire sont souvent surchargées en cadmium, élément chimique classé cancérogène. Afin de limiter l’exposition des consommateurs, l’Anses propose d’en abaisser la teneur maximale réglementaire, dans un avis publié lundi 27 juillet.

Consommées sous forme transformée (dont les makis de la cuisine japonaise) ou non, ainsi qu’en compléments alimentaires, les algues ont le vent en poupe. Qu’elles soient récoltées sur le rivage ou produites par algoculture, leur production mondiale est passée de 2 à 20 millions de tonnes entre 1970 et 2010, rappelle l’Anses[i] dans un rapport publié lundi 27 juillet.

Considérées comme un aliment naturel des plus sains, les algues ne sont pourtant pas dénuées de contaminants. En particulier des toxines marines, des résidus de pesticides ainsi que des éléments chimiques tels le mercure, l’arsenic, le plomb et le cadmium. C’est sur ce dernier que l’Anses, saisie en avril 2017 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), s’est penchée.

26% de produits au-dessus de la teneur maximale

L’agence révèle de très fréquents dépassements de la teneur maximale recommandée en 1990 par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF)[ii], à savoir 0,5 mg/kg de matière sèche. Sur 255 analyses, 26% présentaient une teneur en cadmium supérieure à ce seuil. Particulièrement touchées, les macroalgues brunes, dont le wakamé consommé en salade, et les macroalgues rouges, telles que le nori utilisé dans les makis.

Or le cadmium, très répandu dans l’environnement (à l’état naturel ou du fait des activités humaines, notamment industrielles et agricoles), est non seulement classé cancérogène, mais il est reprotoxique, favorise les atteintes rénales et l’ostéoporose.

Des dépassements de DJT

Du fait de son omniprésence (eau, aliments, tabac), des dépassements de la dose journalière tolérable (DJT), fixée à 0,35 microgrammes par kg de poids corporel, sont déjà observés dans la population. Selon l’étude EAT2, publiée en 2011 par l’Anses, 0,6% des adultes et 14,9% des enfants seraient au-dessus de ce seuil.

D’où l’intérêt, selon l’agence, de réduire autant que possible l’exposition via les algues: selon ses calculs, celles-ci pourraient contribuer à hauteur de 19% du cadmium ingéré chez les adultes consommateurs d’algues. L’Anses préconise ainsi d’abaisser la valeur maximale à 0,35 µg/kg de matière sèche, soit environ 50% de moins que celle fixée par le CSHPF.

L’agence propose par ailleurs de mener une enquête visant à mieux connaître la fréquence, la quantité et le mode de consommation en fonction des différents types d’algues présentes sur le marché.



[i] Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Supprimé en 2004, le CSHPF a été replacé par le Haut conseil de la santé publique (HCSP).