Vélo : en ville un jour, en ville toujours ?

Le 09 octobre 2020 par Victor Miget
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A Paris Anne Hidalgo a annoncé 7 nouvelles coronapistes.
A Paris Anne Hidalgo a annoncé 7 nouvelles coronapistes.

Depuis le déconfinement, le vélo séduit toujours plus d’usagers en ville. Reste à savoir si, la crise passée, les nouveaux adeptes vont le rester.   

 

Depuis la fin du confinement, le trafic sur les pistes cyclables a augmenté d’environ 29 % en France. Rien qu’à Paris, la fréquentation sur ces itinéraires enregistre une hausse de 67 % (+ 26 % à Lille) par rapport à la même période en 2019. Des résultats fournis par l’association Vélo et territoires (lien) qui se base sur un échantillon national de 182 compteurs représentatifs.

Records sur records

L’exemple de Paris est frappant : les compteurs installés sur les voies cyclables ont enregistré en moyenne 91 passages par heure au cours du mois de septembre. Soit 1,6 fois plus qu'en septembre 2019. C’est même mieux que pendant les mois de décembre et janvier dernier, marqués par la grève des transports. Les compteurs avaient respectivement enregistré 68 et 66 passages par heure, rapporte les Echos. A titre d’exemple, en un an, les compteurs du boulevard de Magenta ont enregistré 1,7 fois plus de passages de cyclistes, passant de 199.042 à 337.351. Le Boulevard de Voltaire fait un peu moins, avec un chiffre multiplié par 1,5 sur la même période, de 191.869 à 287.775.

Paris en tête

C’est un fait, du côté des collectivités, l’offensive est lancée. Au sortir du confinement, ce sont pas moins de 500km de pistes provisoires qui ont été créées, afin de pousser les Français à se remettre en selle et éviter un report massif vers la voiture individuelle. Une poussée du vélo qui a aussi été encouragée par une peur d’un potentiel risque de contamination dans les transports. Proximité oblige.

Des métropoles pérennisent déjà certains aménagements, comme le Havre. D’autres vont même plus loin en annonçant encore de nouvelles infrastructures. La maire de Paris Anne Hidalgo (PS) vient ainsi de donner son feu vert à la création de 7 coronapistes supplémentaires, faisant finalement passer le total de coronapistes à 60 km contre les 50 km prévus initialement. Le réseau devrait a priori être pérennisé. La question sera abordée aux prochains «Etats généraux du stationnement et de la mobilité» prévus en octobre ou novembre.

Avenir incertain

Reste une inconnue. Ce pic de pratique du vélo est-il synonyme d’un basculement durable ou d’une tendance passagère ? D’après les données d’Ile-de-France Mobilités, dans la région capitale le taux de fréquentation des transports est actuellement d’environ 65%. Rien ne dit que les nouveaux cyclistes ne retournent pas dans les transports une fois la pandémie passée. «Pour l’heure c’est de la prospective et nous n’en savons rien. Nous allons lancer un projet de recherche précisément sur la question.», assure Matthieu Adam, chercheur en aménagement-urbanisme et membre du Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET) et du LabEx Intelligences des Mondes Urbains (IMU).

Toutefois, il met déjà un petit bémol : «pendant les épisodes de grèves en  1995, (à Paris la part modale du vélo était passé de 0,9 % à 3 %, ndlr) beaucoup d’usagers s’étaient mis à marcher et à prendre le vélo, mais ont repris ensuite les transports en commun».

Cependant, ici, la situation semble différente. Il poursuit : «il est probable que la croissance de la part modale du vélo se poursuive. Globalement, l’explosion du vélo n’est pas seulement liée à la grève ou à la crise sanitaire. Nous avons une accélération des politiques qui étaient déjà plus ou moins dans les tuyaux. En cette période de crise sanitaire, des aménagements sont réalisés et des dispositifs d'accompagnement sont mis en œuvre (heure de remise en selle, prime pour la révision du vélo, ndlr)».

Résultat : De son expertise, plus d’usagers fragiles et nouveaux se sentent à l’aise et moins vulnérables. Mais «le principal frein à l’essor du vélo reste la domination de l’automobile sur l’espace public». Se posent aussi la question de l’apprentissage et de l’accompagnement des enfants et des adultes qui émerge avec le coup de pouce vélo, dont une partie de l’enveloppe est dédiée à la remise en selle. «Autre élément important : la réduction de la vitesse des véhicules. L’idée d’imposer de plus en plus de zones 30 et apaisées dans les espaces urbains commence à faire son chemin.» Reste à poursuivre dans cette voie qui est la bonne selon le chercheur.