Une œuvre de salubrité publique

Le 29 janvier 2021
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On ne souligne jamais assez le rôle de lanceur d'alerte de la presse spécialisée.
On ne souligne jamais assez le rôle de lanceur d'alerte de la presse spécialisée.
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Pour célébrer deux décennies de journalisme environnemental, la rédaction du JDLE ouvre ses portes aux membres influents de sa communauté. A leur manière, ils rappellent les urgences auxquelles nous sommes confrontés. Ultime révision avant l'effacement.

En 2004, lors de la première mise en ligne du JDLE, l’atmosphère contient 377 ppm de CO2. Greta Thunberg pousse ses premiers cris. Serge Lepeltier est ministre de l’environnement de Jacques Chirac. Et si la maison brûle, la préservation de la biodiversité n’est pas une urgence. Facebook fait son apparition sur l’Internet. George W. Bush est réélu après avoir quitté le protocole de Kyoto. Faute de système d’alerte, un tsunami emporte 250.000 personnes dans l’océan Indien. Outre-Terre, Ray Charles réserve au ciel ses prochains récitals. Et Mars accueille le robot Opportunity.

Après 17 révolutions, la Terre a changé. La concentration en carbone de son enveloppe respirable a bondi de 10%. La mer s’est élevée, réchauffée, acidifiée et plastifiée. La navigation dans l’océan Arctique est libre, même en hiver. Les forêts cèdent la place aux pâturages et au béton. En Asie, en Europe, en Afrique, la dégradation de la qualité de l’air tue des millions d’urbains chaque année. Quand les forêts d’Australie, de Sibérie, d’Amazonie, de Californie sont ravagées par des méga-feux, la toundra est consumée par des feux-zombies.

les lignes ont bougé

L’Humanité réagit ! à l’appel d’adolescents, des millions de Terriens manifestent contre l’impéritie climatique gouvernementale. Ce laxisme vaut à certains Etats d’être traînés en justice. Contre les pesticides, la corrida, le bétonnage des côtes, les réseaux sociaux mobilisent. Et les lignes commencent à bouger.

A la suite de l’Union européenne, les puissances économiques se convertissent à la neutralité carbone. Promulguées par des nombreuses ONG, les «solutions basées sur la nature» sont appelées à jouer un rôle essentiel dans la préservation de nos biomes et de notre économie. Les multinationales se convertissent à l’économie circulaire et les banques à la finance carbone. Jadis considéré comme une chose ou un tas de protéines, l’animal devient un être sensible protégé par la loi. La question n’est plus de savoir s’il faut des énergies renouvelables mais quand cessera l’exploitation des fossiles. Même aux Etats-Unis, la question n’est plus taboue !

aux avant-postes

Cette fantastique évolution sociétale n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Depuis des décennies, la presse spécialisée observe les lignes de front où s’opposent investisseurs sans conscience et défenseurs de la nature, scientistes et naturalistes, écologistes et zélateurs anthropocentrés de l’«innovation», multinationales et ONG, scientifiques et négationnistes. Ce travail aux avant-postes est source d’alerte pour les médias généralistes, les community managers et nombre d’acteurs de la société civile.

C’est ce formidable défrichage qu’ont accompli les équipes de journalistes qui ont bâti la réputation du JDLE depuis 17 ans. Avant que le rideau ne se baisse, nous avons demandé à des juristes, des scientifiques, des lanceurs d’alerte, des politiques, des responsables d’associations, celles et ceux qui font partie de la communauté du JDLE, de prendre la plume pour composer cette édition spéciale. La dernière du journal.

Témoignage amical ou réquisitoire, chacune et chacun à sa façon vous disent l’urgence à laquelle nous sommes tous confrontés. Et pourquoi la presse, quel que soit le médium, doit poursuivre son œuvre d’alerte et de pédagogie. Une œuvre de salubrité publique.

 

Valéry Laramée de Tannenberg

Romain Loury

Victor Miget

Stéphanie Senet