Une étude d’INRAE et AgroParisTech réoriente la PAC vers le Pacte vert

Le 25 novembre 2020 par Stéphanie Senet
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La réduction du nombre d'animaux d'élevage est préconisée
La réduction du nombre d'animaux d'élevage est préconisée

Commandée par la Commission Agri du Parlement européen, une étude d’INRAE et d’AgroParisTech dessine les contours d’une politique agricole commune (PAC) post-2020 répondant aux objectifs environnementaux et climatiques du Pacte vert. Une PAC qui demande des changements importants de pratiques agricoles.

Après les associations environnementales, de nombreux parlementaires et la Cour des comptes européenne, les experts d’INRAE et d’AgroParisTech sont eux aussi formels : la PAC actuelle doit être beaucoup plus ambitieuse et plus contraignante pour minorer le bilan carbone de l’agriculture et préserver la biodiversité dans l’UE.

«Des changements importants dans les pratiques et systèmes d’élevage sont désormais nécessaires pour parvenir à de nouvelles réductions importantes des émissions agricoles de gaz à effet de serre. Y compris une réduction du recours à la fertilisation azotée et du nombre d’animaux d’élevage», écrivent Hervé Guyomard (INRAE) et Jean-Christophe Bureau (AgroParisTech). Après avoir baissé jusqu’en 2010, ces émissions sont reparties à la hausse.

L’ambition environnementale doit aussi être élevée car «la dégradation des sols et les flux d’azote dans l’eau et l’atmosphère ont atteint des niveaux alarmants». Deux défis qui ne seront pas atteints sans une politique ambitieuse et un changement de régime alimentaire des Européens.

Nouvelles pratiques, nouveaux régimes alimentaires

Leur étude s’appuie sur trois recommandations principales. L’Union européenne doit d’abord supprimer toutes les pratiques générant une utilisation excessive d’eau, d’engrais, de pesticides et d’antibiotiques. Ensuite, une refonte des systèmes agricoles est nécessaire pour que ceux-ci reposent davantage sur les cycles biologiques que sur des intrants chimiques. Une évolution qui sera bénéfique au climat et qui n’aura pas d’effet sur les revenus des agriculteurs si les consommateurs acceptent de payer plus cher des produits de qualité. Et si les pouvoirs publics les soutiennent.

Enfin, la transition agricole ne se fera pas sans un changement des régimes alimentaires des Européens, qui doivent être moins caloriques et plus équilibrés. Les experts appellent d’ailleurs l’industrie alimentaire et le commerce de détail à prendre ses responsabilités pour favoriser ce type d’aliments.

Des objectifs mieux identifiés

Traduction dans le langage de la PAC: celle-ci doit appliquer plus efficacement le principe du pollueur-payeur et  soutenir les agriculteurs qui sont engagés en faveur de l’environnement et du climat.  

Autre recommandation: les mesures écologiques du premier pilier (éco-régimes)eco-schemes doivent viser les biens publics mondiaux. Soit l’atténuation du changement climatique, la préservation de la biodiversité et le bien-être des animaux. Celles du second pilier doivent se focaliser sur les biens publics locaux, et en particulier la quantité et la qualité de l’eau, la fertilité des sols et la diversité des paysages.

Une éco-conditionnalité plus efficace

Du côté des critères d’éco-conditionnalité, l’étude ajoute que toutes les dérogations doivent disparaître. Ces critères doivent par ailleurs être accrus en matière d’ambition, par des contraintes accrues pour les BCAE[1] n°2 (protection des zones humides et des tourbières) et n°9 (particularités topographiques à haute diversité biologique). Autre piste: la création de nouvelles BCAE pour sensibiliser les producteurs aux flux de nutriments, molécules et gaz à effet de serre qu’ils génèrent.

Un budget à la hauteur

Au total, 15% du budget du premier pilier doit être orienté vers le climat et 15% vers la biodiversité. Et 35% du budget du second pilier doit être fléché vers l’environnement, selon INRAE et AgroParisTech. C’est la position arrêtée par le Parlement le 23 octobre dernier. Mais les Etats membres sont favorables à un financement moindre : 20% du budget du premier pilier et 30% du second, avec des mesures fourre-tout ne favorisant pas la protection de l’environnement. Les négociations en trilogue ont débuté.

 



[1] Bonnes conditions agricoles et environnementales