Un plan de relance aligné sur les exigences de Bruxelles

Le 03 septembre 2020 par Romain Loury
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Un plan de relance fortement teinté de Green Deal
Un plan de relance fortement teinté de Green Deal

France Relance est un bon signal envoyé à l’Union européenne, et est cohérent avec le plan allemand, estiment plusieurs experts.

«Un bon début», «un plan très intéressant», «un signal fort donné» à l’économie… les experts de plusieurs think tank français n’ont pas tari d’éloges quant au plan de relance annoncé jeudi 3 septembre, qui consacre 31 de ses 100 milliards d’euros à la transition écologique.

Surtout, ce plan se montre cohérent avec la stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui prévoit d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, estiment-ils. Certes, il reste encore beaucoup à faire, tant l’annonce n’est, pour l’instant, que de nature principalement budgétaire.

Parmi les chantiers en vue, massifier l’offre de rénovation énergétique des bâtiments, accélérer l’électrification du parc automobile. Ce qui nécessitera des investissements bien au-delà de la période couverte par le plan, à savoir les deux prochaines années. «Le plan de relance est ponctuel, mais le verdissement ne pourra se faire que dans la durée», estime Benoît Leguet, directeur de l’Institute for Climate Economics (I4CE).

Un plan en cohérence avec l’UE

Selon le directeur de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), Sébastien Treyer, «le plan français présente une correspondance forte avec l’Allemagne et l’Union européenne». Pour son collègue Nicolas Berghmans, le plan allemand repose sur un budget «du même ordre», rapporté à leur PIB: 130 milliards d’euros, dont 35 milliards consacrés à la transition écologique.

Quelques différences apparaissent dans l’accent mis sur divers chantiers, notamment la rénovation énergétique des bâtiments: au lieu des 6,7 milliards d’euros alloués par le plan français, l’Allemagne a opté pour une simple rallonge de 1 milliard d’euros, ce pays «étant déjà en forte croissance» dans ce domaine, explique Nicolas Berghmans.

A l’inverse, l’Allemagne a opté pour une baisse de la taxe sur l’électricité, afin d’inciter l’électrification du parc automobile. «Il est trop tôt pour dire quel est le meilleur plan, cela dépendra de leur mise en œuvre au sein de chaque pays», ajoute l’expert de l’Iddri. Le soutien à l’achat de voiture électrique est aussi plus important sur la rive orientale du Rhin.

Une concrétisation du Green Deal

Pour le directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Xavier Timbeau, le plan de relance français découle directement du Green Deal européen: «on pouvait craindre qu’il ne s’agisse que de mots, ce plan montre au contraire qu’il se concrétise», se réjouit-il. D’autant que 40 milliards d’euros proviendront directement du plan de relance européen.

Si le plan semble a priori bien positionné quant aux exigences climatiques et environnementales européennes, celles-ci pourraient bientôt évoluer. Bruxelles planche actuellement sur de nouveaux objectifs climatiques, ont rappelé les experts, en vue de rehausser l’objectif 2030 de baisses d’émissions à 55% (par rapport au niveau de 2005) –il est actuellement fixé à -30%. «Le plan ne serait alors plus complètement aligné», juge Benoît Leguet.

Aussi importants soient-ils, au-delà de ceux lancés suite à la crise de 2008, ces plans de relance européens font toutefois pâle figure, comparés à celui-ci annoncé fin mars par Donald Trump: d’un montant de 2.000 milliards de dollars, il équivaut à 13% du PIB américain, contre moins de 5% pour les pays européens (près de 4,5% pour la France, 3,7% pour l’Allemagne).

1.000 projets européens pour la relance. Rédigé par le consultant EY à la demande de l’European Climate Foundation, un rapport publié en juillet dresse une liste de 1.000 projets au sein des 27 Etats membres de l’UE. Plus d’un tiers (36%) ont trait aux énergies renouvelables, 12% aux transports publics et 11% à la rénovation des bâtiments. Pour EY, investir dans ces 1.000 projets nécessiterait 200 milliards d’euros, et permettrait de créer 3 millions d’emplois : près du quart de ceux qui devraient être perdus du fait de la crise actuelle.