Un dernier sprint climatique

Le 29 janvier 2021 par Maxime Beaugrand
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Moins de HFC dans l'air, c'est plus de glaces de mer.
Moins de HFC dans l'air, c'est plus de glaces de mer.

La façon la plus rapide de rafraichir le réchauffement est d'éviter d'émettre des hydrofluorocarbures. Un bon sujet de coopération franco-américaine, estime la juriste Maxime Beaugrand.

«Le dérèglement climatique sera soudain et cataclysmique», rappelait de façon cinglante le Responsable Risque du Groupe Zurich Assurance la semaine dernière. Cet effrayant rappel se fonde sur des travaux scientifiques incontestés. Le dérèglement climatique n’est pas un phénomène distant qui se diluerait dans la durée, il est tout au contraire imminent, et rapide.

Franchir les divers points de bascule climatique préludera à des changements abrupts du système climatique. Les phénomènes de rétroactions positives (tels que le réchauffement accéléré de l’Arctique, dont la dynamique finit par se nourrir de son propre délabrement) pourraient faire tomber le premier domino, et déclencher une spirale infernale transformant la Terre en une vaste étuve (la fonte de l’Arctique libérant le méthane enfoui sous le pergélisol en est un exemple). La menace que représentent le franchissement des points de bascule et l’accélération de ces phénomènes de rétroaction positive exige que l’on en finisse avec l’approche minimaliste (celle du «trop peu / pas assez») pour choisir d’agir à temps et se prémunir de la chute fatale et irréversible du premier domino.

la rapidité avant tout

Face à cette menaçante réalité scientifique, le critère de choix de l’action climatique doit être la rapidité. La feuille de route, le cap à atteindre, sont clairement tracés : éviter un maximum de réchauffement en un minimum de temps. Infléchir la courbe du réchauffement – et non pas seulement celle des émissions- est aujourd’hui le moyen le plus sûr de ralentir les phénomènes de rétroaction positives et d’éviter de franchir ces points de bascule irréversibles. La fenêtre de tir pour infléchir la courbe du réchauffement- et non pas juste celle des émissions- rétrécit à vue d’œil : dix ans au plus. Le tempo requis n’est pas prioritairement celui de la course de fond, mais tout d’abord du sprint.

 viser les Ges à courte durée de vie

Des efforts herculéens sont nécessaires pour réduire les émissions de gaz carbonique et beaucoup sont en cours. Tout héroïques qu’ils soient, les efforts pour réduire de moitié les émissions de CO2 émissions en 2030 ne permettront pas à eux seuls d’atteindre 2050 en toute sécurité.

Selon le Rapport Spécial du GIEC 1.5 ºC, mais aussi selon d’autres scientifiques qui font autorité, la seule stratégie clairement identifiée pour remporter ce «sprint climatique» consiste à réduire les polluants à courte durée de vie climatique (appelés aussi “super polluants climatiques”) – carbone, suie, méthane, ozone troposphérique et les réfrigérants HFC – en complément des efforts pour atteindre la neutralité carbone nécessaire au ralentissement du réchauffement d’ores et déjà accumulé dans l’atmosphère.

Les super polluants climatiques sont ainsi les aiguillons nécessaires pour remporter ce sprint décennal, et rester dans la course d’endurance jusqu’en 2050. Il est également avéré que leur réduction sera tant source d’emplois que bénéfique à l’économie, améliorera la qualité de l’air, favorisera la santé publique et la justice sociale, et diminuera conséquemment les coûts de santé publique. Win, win, win.

ralentir le réchauffement

Remporter le sprint en mettant en place des solutions éprouvées à l’échelle de la planète permettra ainsi de ralentir de moitié le rythme du réchauffement, tout en contribuant de façon significative aux Accords de Paris et à leur objectif de stabilisation sous le seuil des 2 °C, en visant 1.5 °C.

Ce n’est pas un hasard si le Président Biden a consacré certains de ses premiers décrets présidentiels aux super polluants HFC et si les réglementations relatives au méthane sont au cœur des pistes de travail de son administration, tout comme les questions d’efficacité énergétiques des équipements. Le nouveau président américain, qui a bien compris que le réchauffement climatique est la «menace existentielle de notre époque» est en train de mettre en place un plan d’action en vue d’éviter l’imminente catastrophe.

le sommet américain

Le Président Macron devrait profiter de cette opportunité pour collaborer avec le Président Biden sur ce «sprint» qu’il est urgent d’accélerer en mettant en place une série d’actions concertées. Ainsi, le Président Macron pourrait enjoindre le Président Biden à rejoindre et renforcer l’Engagement du G7 de Biarritz relatif aux HFC et l’efficacité énergétique et rallier d’autres pays (la Chine et l’Inde notamment) derrière la rapide ratification de l’Amendement de Kigali sur les HFC. Ils devraient également envisager de créer une plateforme entre Chefs d’États et de gouvernements pour une action continue dédiée aux super polluants climatiques, qui pourrait être inaugurée lors du Sommet Climat des leaders du 22 avril prochain, à l’initiative du Président américain.

Ce Sommet pourrait aussi être l’occasion de lancer des actions collectives tel qu’un accord international visant à tracer et réduire les émissions de méthane. Un tel accord pourrait encourager des actions transversales de réduction de ce super polluant. La France et les États-Unis ont également tout à gagner à renforcer leur leadership au sein de la Coalition pour la Climat et l’Air Pur pour la réduction des super polluants climatiques (CCAC) et le Conseil de l’Arctique afin d’encourager des efforts internationaux sur de tels sujets et œuvrer à la protection commune de l’Arctique.

Une telle collaboration concrète entre la France et les États-Unis lancerait le signal nécessaire et permettrait aux puissances en question de se lancer dans cette course dont on connaît aujourd’hui l’urgence et les enjeux.