Un confinement bis repetita pour les chasseurs

Le 02 novembre 2020 par Romain Loury
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500.000 sangliers à abattre d'ici fin 2021
500.000 sangliers à abattre d'ici fin 2021

Pour les chasseurs, les confinements se suivent et se ressemblent: le ministère de la transition écologique a annoncé dimanche 1er novembre prévoir une ouverture de la chasse, mais uniquement dans le but de réguler sangliers, cervidés et espèces susceptibles d’occasionner des dégâts.

Fixé jusqu’au 1er décembre -du moins temporairement-, le reconfinement en vigueur depuis vendredi 30 octobre signe l’arrêt de la saison de chasse. Enfin, pas vraiment: comme lors du confinement printanier, les chasseurs peuvent compter sur leurs «missions de service public», et l’écoute attentive dont ils jouissent au plus haut niveau de l’Etat, pour continuer à sortir chiens et fusils. C’est de nouveau le cas cette fois-ci, comme l’a confirmé la secrétaire d’Etat à la biodiversité, Bérangère Abba.

Sous le contrôle des préfets de département, seront proposées «des actions de régulation de la faune sauvage susceptible d’occasionner des dégâts aux cultures et aux forêts, et dont la population doit être régulée. C’est notamment le cas des populations de sangliers et de chevreuil», qui ne sont pas stricto sensu classés comme espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, indique le ministère.

Certes, les dégâts aux cultures paraissent bien peu probables en période automnale ou hivernale, mais la prolifération des sangliers et cervidés, non chassés pendant une saison, pourrait en effet engendrer des dégâts très importants sur les jeunes cultures printanières. D’autant que ce grand gibier connaît une inquiétante prolifération en France -celle des premiers est d’ailleurs en grande partie due aux pratiques des chasseurs, dont l’agrainage, ainsi qu’à l’évolution du monde agricole.

Confinés, mais chasseurs

Dans sa circulaire aux préfets de département, signée samedi 31 octobre, le ministère fixe un objectif de destruction de 500.000 sangliers «d’ici la fin de l’année», «ce qui suppose une mobilisation active des chasseurs». Nul doute qu’elle sera «active»: une saison de chasse -entre début septembre et fin février, sans compter les diverses chasses anticipées à l’été ou étendues jusqu’à fin mars- donne lieu à la destruction de près de 900.000 individus chaque année. Avec ou sans confinement, le rythme reste le même.

Selon le protocole dévoilé par le ministère dans sa circulaire, chaque préfet devra convoquer le conseil départemental de chasse et de la faune sauvage (CDCFS) afin de «partager les enjeux de régulation» du grand gibier (cervidés et sanglier) et des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Une fois les objectifs fixés, ceux-ci devront être communiqués aux fédérations départementales de la chasse (FDC), ainsi que les conditions sanitaires afin de prévenir la propagation de la Covid-19 lors de la chasse.

A part la chasse à courre et la vénerie, interdites car ne relevant pas d’une régulation, «le reste va se dérouler comme d’habitude», déplore la directrice de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), Madline Rubin. En délégant une fois de plus la décision aux préfets, l’Etat expose ceux-ci aux pressions locales, plus fortes, qui pourraient inciter à une «chasse à gogo», alors que les non-chasseurs seront tenus de rester confinés, ajoute-t-elle.

Après l’effort, le réconfort?

Le président de la très influente Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, ne désespère pas d’aller au-delà de la simple régulation. Peut-être afin de se remettre des «missions d’intérêt général», il évoque, dans un post publié samedi sur les réseaux sociaux, «la possibilité d’utiliser l’heure de détente à proximité de votre habitation, en pratiquant la chasse». L’information, relayée par le quotidien Sud Ouest, a aussitôt été démentie par Bérangère Abba, qui réaffirme que la chasse ne sera permise que pour «des opérations exceptionnelles de régulation».

Willy Schraen n’en démord pourtant pas: «bien que notre secrétaire d’Etat nous affirme que cela n’est pas autorisé, d’autres sources aussi importantes au sein de l’Etat nous valident la possibilité de prendre cette heure de détente cynégétique, dans le cadre légal de la chasse en vigueur. Je vais donc me référer à cette deuxième approche, parce que l’activité nature qu’est la chasse ne peut être moindre que celle des autres». Pas même qu’un bon jogging en forêt?