Un climat international suspendu à l’élection US

Le 30 octobre 2020 par Romain Loury
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L'Accord de Paris, divergence totale entre les deux candidats
L'Accord de Paris, divergence totale entre les deux candidats
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Selon que Joe Biden ou Donald Trump sera élu président des Etats-Unis, la politique climatique internationale n’aura pas du tout le même visage. Selon des experts britanniques, une victoire du sortant pourrait même augurer d’un rapprochement entre l’Union européenne et la Chine.

Alors que Donald Trump a lancé début novembre 2019 le processus de sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris, son concurrent Joe Biden n’a qu’une envie, y revenir au plus vite, comme il s’y est engagé au cours de sa campagne. Selon Peter Betts, ancien négociateur climat pour l’Union européenne et le Royaume-Uni, ces attitudes divergentes quant à la lutte contre le réchauffement auront de fortes répercussions sur les relations internationales.

Le climat étant une «priorité forte» de Joe Biden, celui-ci devrait engager un retour en force de la négociation climatique américaine. Parmi ses promesses en la matière, le candidat démocrate s’est ainsi engagé à rassembler les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre au cours des 100 premiers jours de sa présidence.

Une diplomatie relancée

Outre que les Etats-Unis pourraient de nouveau peser sur leurs alliés (Canada, Japon, Australie) afin de rehausser leurs ambitions climatiques, une collaboration accrue avec l’Inde pourrait voir le jour, notamment au sujet climatique, entrevoit Peter Betts. Quant à la Chine, avec laquelle les relations devraient être tendues quel que soit le gagnant, l’élection de Joe Biden pourrait relancer une compétition climatique amorcée sous Obama, notamment afin de gagner en influence dans les pays en développement.

A l’inverse, si Donald Trump l’emporte, «l’Union européenne et la Chine pourraient être incitées à travailler ensemble dans l’espace laissé vacant. L’UE a essayé d’y parvenir depuis des années, et la Chine fait quelques signes en ce sens. Quant à l’accord de Paris, je ne pense pas que quiconque suivra Donald Trump, personne ne l’a fait au cours des quatre dernières années», explique Peter Betts, confiant que la coopération internationale se poursuivra, même avec Trump au pouvoir.

Le Royaume-Uni tiraillé entre l’Europe et le grand large

Tout aussi incertain que le résultat de l’élection, l’orientation diplomatique que prendra un Royaume-Uni post-Brexit. Une élection de Joe Biden pourrait signer un partenariat accru du pays avec les Etats-Unis, tandis qu’un maintien de Donald Trump pourrait au contraire favoriser la coopération britannique avec l’UE en raison d’«intérêts partagés», indique Peter Betts.

Selon Rachel Kyte, doyenne de l’Ecole de droit et de diplomatie Fletcher (Massachusetts) et ancienne envoyée spéciale pour le climat de la Banque mondiale, une élection de Joe Biden pourrait bien compliquer la tâche des Britanniques à la présidence de la COP26. «Il y aura des dialogues entre l’Union européenne, la Chine et les Etats-Unis. Le Royaume-Uni s’en est exclus avec le Brexit, il faudra donc exercer une présidence en dehors de ce cercle, plutôt qu’au milieu», juge-t-elle.

Les Etats-Unis, bientôt hors de l’Accord de Paris. Le 4 novembre, soit un jour après l’élection américaine, les Etats-Unis seront officiellement sortis de l’Accord de Paris. Une pure coïncidence: c’est le 4 novembre 2019que Donald Trump a demandé le retrait de son pays, procédure qui prend effet un an plus tard. Pour réintégrer l’accord de Paris, c’est la voie épistolaire qui s’impose également: 30 jours après un courrier destiné au secrétaire général des Nations Unies, le futur président US pourrait donc obtenir le retour des Etats-Unis. Pour cela, il devrait également soumettre une nouvelle contribution déterminée au niveau national (INDC), indiquant ses objectifs d’atténuation. Pour rappel, l’INDC des Etats-Unis lors de la COP21 consistait en une baisse de 26% à 28% des GES en 2025 par rapport à 2005. S’il s’agit de clamer «America is back», Joe Biden pourra difficilement proposer moins, ou même à l’identique, estime Peter Betts. Selon lui, une telle annonce interviendra difficilement «avant le troisième trimestre» 2021.