Uber : le verdissement des chauffeurs à marche forcée ?

Le 09 septembre 2020 par Victor Miget
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En France, 30.000 VTC Uber circulent actuellement.
En France, 30.000 VTC Uber circulent actuellement.
Uber

Du changement en perspective sur la plateforme de réservation de véhicules avec chauffeur. L’entreprise va inciter fortement les conducteurs affilié à son réseau à passer à l’électrique. Un verdissement à hauts risques. Explications.  

 

Face aux critiques qui fusent depuis des mois, Uber a se met au vert. «Le groupe s'engage à devenir une plateforme entièrement zéro émission d'ici à 2040», a affirmé son PDG, Dara Khosrowshahi dans un post publié mardi 8 septembre. A l’échelle du globe, 800 millions de dollars (680 millions d’euros) seront mobilisés pour subventionner l’achat de voitures propres par les chauffeurs.  

En France : Uber accélère 

Le marché français roulera à grande vitesse. Uber veut bannir les voitures diesel de sa flotte et avoir, en 2025, 50 % de véhicules électriques (15.000 unités), contre 17% aujourd’hui. Pour y parvenir, l’entreprise américaine mise sur l’incitation. Le groupe prévoit une enveloppe de 75 M€ pour financer un dispositif qui favorisa les chauffeurs les plus actifs. «Un chauffeur qui utilise l'appli 42 heures par semaine aura droit à 4.500 euros au bout de trois ans. Pour un chauffeur qui travaille pour nous 15 heures par semaine, l'aide sera d'environ 1.600 euros», résume Laureline Serieys, directrice générale d’Uber France. Ce coup de pouce sera financé, pour moitié, par l’augmentation des courses de trois centimes par kilomètre… Et Uber complètera. 

Pour minorer le montant de ce complément, l’entreprise at conclu des partenariats avec Nissan et Renault. Les deux constructeurs réduiront les prix de vente des modèles électriques choisis par les chauffeurs Uber.  «On leur proposera aussi de petits tarifs pour installer des bornes de recharge à leur domicile», complète Yannick Duport, directeur mobilité chez EDF. A Paris, la start-up Power Dot va installer 4 sites de recharge rapide dédiés aux chauffeurs Uber. 

Requalification à l’horizon ?  

Autant d’incitations transformeront presque l’incitation en obligation. Ce qui pourrait fragiliser le modèle économique de l’entreprise. Le 4 mars dernier, la Cour de cassation requalifiait le statut d’un chauffeur Uber indépendant en salarié, en vertu de lapplication de la jurisprudence de 1996 sur le lien de subordination. De quoi inquiéter le géant américain qui serait sans doute infiniment moins rentable s’il devait embaucher les dizaines de milliers de conducteurs affiliés à son réseau. Sachant que le lien de subordination «est caractérisé par l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur, qui a le pouvoir de donner des ordres et de sanctionner les manquements de son subordonné» les magistrats avaient considéré qu’il existait bel et bien dans ce cas précis : Uber donne des directives et contrôle leur exécution, tout en exerçant au passage un pouvoir de sanction en désactivant le compte du chauffeur si ce dernier ne respecte pas les instructions données par la plateforme. 

Pour l’avocat des travailleurs indépendants d’Uber l’incitation électrique d’Uber n’est pas qu’une affaire environnementale. «A mon sens, ce dispositif a deux objectifs : répondre à une demande croissante de l’opinion puis d’attirer et de fidéliser des chauffeurs sur sa plateforme. En effet, le modèle économique d’Uber, pour qu’il fonctionne, doit à la fois capter des clients et des chauffeurs», explique Fabien Masson. 

Selon l’avocat, ce dispositif pourrait également donner du grain à moudre aux chauffeurs qui souhaiteraient requalifier en CDI leur contrat. Ce dispositif  «inciterait le chauffeur à se connecter et à rester connecté à la plateforme pour bénéficier de l’aide financière. Il irait donc à l’encontre de l’argument d’Uber consistant à dire que les chauffeurs sont libres de se connecter à sa plateforme. Ce nouveau dispositif serait donc un élément supplémentaire participant à la démonstration de l’existence du lien de subordination». Dit autrement, le chauffeur Uber désirant se faire subventionner l’achat de son véhicule électrique serait, juridiquement, un peu plus proche du salariat que son collègue roulant en voiture thermique. Une illustration que la transition énergétique peut être socialement juste.

Et Uber de répondre : «Les chauffeurs sont libres de rouler avec Uber ou d'utiliser d'autres applications, de se connecter s'ils le veulent, quand et où ils le souhaitent. Les chauffeurs pourront acheter un véhicule électrique grâce à l'augmentation tarifaire des courses et la participation d'Uber, puis ne plus rouler avec Uber».