Trump torpille l’accord de Paris

Le 04 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Joe Biden prévoit de réintégrer l'accord de Paris. S'il est élu.
Joe Biden prévoit de réintégrer l'accord de Paris. S'il est élu.
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Les Etats-Unis quittent, ce jour, l’accord de Paris. Il n’est pas certain que cela ralentisse la décarbonation des grandes puissances économiques.

Alors que l’incertitude plane encore sur le nom du prochain président américain, une chose est désormais certaine: les Etats-Unis ne sont plus partie à l’accord de Paris. La première puissance mondiale (et deuxième émetteur de gaz à effet de serre) est donc le premier pays à quitter l’accord conclu à l’issue de la COP 21, quatre ans après son entrée en vigueur. Cela signe-t-il l’arrêt de mort du texte ? Pas nécessairement.

Formellement, le processus onusien reste d’actualité. Pour avoir force de loi, l’accord de Paris doit avoir été ratifié par, au moins, 55 pays, représentant 55% des émissions anthropiques. Nous sommes toujours dans ce cas de figure. Avec le départ de Washington, on comptabilise toujours 188 parties émettant plus de 85% du CO2 anthropique. Pour le reste, on nage dans le flou. Confinement oblige, les négociations de préparation du sommet climatique annuel (la COP 26) sont à l’arrêt. «Il est impossible de réunir tout le monde par visioconférence», confirme un négociateur français. Impossible par la différence de fuseaux horaires, de qualité de réseau Internet et de volonté politique.

l'échéance s'éloigne

D’autant que l’échéance s’est éloignée. Prévue pour se dérouler durant la première quinzaine de novembre 2020, la COP 26 ne sera finalement organisée, toujours à Glasgow (Ecosse), qu’à la fin de l’année prochaine. Si tout va bien. Les échéances ne sont d’ailleurs plus une épée de Damoclès pour personne. Selon l’accord de Paris, toujours lui, les Etats devaient soumettre leur nouvelle mouture de politique climatique à 2030 (NDC) avant mars 2020. Au dernier décompte, 13 mises à jour ont été envoyées à l’ONU. Les contributions des poids lourds chinois ou européen ne sont pas attendues avant la fin de l’année. Au mieux. Mais est-ce là encore l’essentiel ?

Subrepticement, l’horizon politique s’est sensiblement décalé. De l’échéance de 2030 (avec des étapes intermédiaires) fixées par l’accord de Paris, on est, petit à petit passé vers la moitié du siècle. L’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud visent désormais la neutralité carbone à l’horizon de 2050. Pour la Chine, ce sera dix ans plus tard. Et le mouvement devient mondial.

horizon 2050

En comptant les pays qui envisagent de se joindre à cette coalition informelle, ceux qui légifèrent en ce sens, ceux qui se proposent le faire et ceux qui l’ont fait, ce sont 126 pays, à l’origine de la moitié des émissions humaines, qui se sont fixés un objectif de décarbonation totale, selon le décompte de Carbon Action Tracker. A cela, on peut ajouter les engagements de même ampleur pris, ces derniers mois, par des centaines de multinationales, dont — fait nouveau— des compagnies pétrolières, à l’instar de Total, Shell, BP, Equinor ou ENI. Même l’américaine ConocoPhilips s’est mise au diapason.

S’il est élu à la Maison blanche, Joe Biden promet de faire revenir son pays dans l’accord de Paris. «Il lui suffira d’envoyer une simple notification au secrétariat exécutif de la convention de l’ONU sur le changement climatique», explique Pauline-Marie Abadie, professeur de droit à l'université Paris Saclay. La réadhésion sera formelle un mois après la réception du fameux courrier. Faute d’une majorité au Congrès, il sera beaucoup plus difficile au démocrate de tenir sa seconde promesse climatique: déployer son programme d’investissement en faveur de la transition énergétique. Doté de 1.700 à 2.000 milliards de dollars, ce vaste plan de relance pourrait réduire de 0,1 °C la température moyenne globale, a calculé le chercheur néerlandais Niklas Höhne, membre de Climate Action Tracker. Encore faut-il que les démocrates l’emportent.