Tourterelle des bois: le Conseil d’Etat suspend la chasse

Le 14 septembre 2020 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Près de 7.000 tourterelles abattues avant la suspension
Près de 7.000 tourterelles abattues avant la suspension

C’est un sérieux camouflet que vient de subir l’Etat vendredi 11 septembre: le Conseil d’Etat a suspendu l’arrêté autorisant la chasse à la tourterelle des bois sur la saison 2020-2021, au motif du déclin important de l’espèce et de l’absence de justifications fournies par l’Etat.

Présentée par les associations comme un cadeau fait aux chasseurs, désormais privés de chasse à la glu, l’arrêté incriminé concerne une espèce ayant décliné de 80% entre 1980 et 2015 au niveau européen. Sur la voie de migration occidentale, dont fait partie la France, la baisse s’élève même à 44% au cours des 10 dernières années.

L’arrêté ayant été publié le 28 août, soit la veille de l’ouverture de la chasse, «près de 7.000» tourterelles, soit 40% du quota autorisé, ont été abattues au cours des deux semaines écoulées, indique la LPO, à l’origine de la saisine du conseil avec l’association One Voice.

Pour le Conseil d’Etat, la ficelle était un peu grosse. D’autant que, pour l’arrêté équivalent de 2019, le comité d’experts sur la gestion adaptative (Cega) avait dans un premier temps prôné un quota zéro, avant d’être sommé de revoir sa copie par l’Etat –ce dont la consultation lancée sur le nouvel arrêté, en juillet, ne fait pas état.

Une chasse, pas de plan de gestion

Parmi les éléments soulevés par le Conseil, l’Etat a autorisé cette chasse alors qu’il ne disposait d’aucun plan national de gestion de la tourterelle: celui-ci, prévu pour le premier semestre 2020, a été repoussé d’un an, en raison de la crise sanitaire.

De plus, le conseil s’étonne du quota choisi, de 17.460, soit 3% de moins qu’en 2019. Ces 3% correspondent en effet à «l’application d’une règle de trois, fondée sur une approximation de la baisse tendancielle de la population européenne sur les décennies passées», sans aucune prise compte de l’évolution de l’espèce en France.

«Une telle baisse devait conduire, si le gouvernement estimait qu’elle perdurait en dépit de la diminution des prélèvements, à interdire ceux-ci, s’agissant d’une espèce aussi vulnérable, et non à réduire proportionnellement leur quota», juge le Conseil d’Etat.