Total et EDF fortement touchés par la crise sanitaire

Le 30 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Total renonce à exploiter la mine de sables bitumineux de Fort Hills.
Total renonce à exploiter la mine de sables bitumineux de Fort Hills.
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Les deux énergéticiens ont subi les effets de la crise sanitaire. D’un groupe à l’autre, les conséquences ne sont pas les mêmes.

Peu d’industries ont été à la fête durant la crise sanitaire. Particulièrement dans le domaine de l’énergie. Avec une industrie tournant au ralenti et des transports à l'arrêt, producteurs d’électricité et de produits pétroliers affichent des résultats semestriels en berne. Avec des conséquences à la clé.

Ce jeudi 30 juillet, EDF et Total ont présenté des résultats en forte baisse. Au premier semestre, l’électricien a vu son chiffre d’affaires semestriel (34,7 Md€) reculer de 5% par rapport à la même période 2019. Ce sont surtout les activités hexagonales du groupe qui marquent un fort repli (-4,6% de l’EBITDA des activités régulées). Les activités renouvelables et internationales affichent, a contrario, de bonnes performances. Mais cela reste insuffisant. Ces 6 derniers mois, le résultat net courant d’EDF atteint péniblement 1,2 Md€: en baisse de 10% par rapport à 2019. Le résultat net part du groupe affiche un bilan déficitaire : -700 M€.

3e plan d'économie pour EDF

En conséquence, le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy va engager un nouveau plan d’économie, quelques semaines à peine après l’annonce du plan Mimosa. EDF devra réduire de 500 M€ ses charges opérationnelles entre 2019 et 2022. Ces trois prochaines années, le montant des investissement est gelé à 15 Md€/an. D’ici à 2022, l’entreprise devra céder de pour 3 milliards d’actifs[1].

Et réduire sa masse salariale: «nous allons réguler les effectifs du groupe en ne procédant pas au remplacement de tous les départs et en facilitant la mobilité des salariés vers les activités à plus fort potentiel pour ceux qui seraient dans des activités à plus faible potentiel», a expliqué Jean-Bernard Lévy au cours d'une conférence téléphonique.

Pour Total, comme pour d’autres pétrogaziers, la première des conséquences de la pandémie aura été la dégringolade des prix du pétrole. De 60 $ (51 euros), en moyenne l’an passé, le cours du baril a plongé à 20 $ au plus fort de la période de confinement. Avec des conséquences sur l’évaluation des revenus actuels et futurs. Et donc sur la politique d’investissement de ces entreprises. Total estime désormais le prix moyen de l’or noir à 35$/baril, pour cette année, 40$ en 2021 et 50 $ l’année suivante. Selon ses estimations, le prix du baril retrouvera un cours moyen de 60$ qu’en 2023. Conséquence de cette chute des prix: le groupe français affiche plus de 8 milliards de dollars de pertes au premier semestre. Inédit depuis 2015. 

dépréciation d'actifs pétrogaziers

Ces dernières semaines, BP et Shell ont déjà déprécié pour plusieurs dizaines de milliards de dollars d’actifs. Les deux groupes ont renoncé à certains gisements de pétrole et de gaz, dont les coût de mise en exploitation sont trop élevés à l’aune des prix actuels et esquissés à moyen terme du brut. Total ne fera pas exemption.

Ce jeudi, le groupe dirigé par Patrick Pouyanné a déprécié pour 8 milliards de dollars d’actifs. L’essentiel de ce renoncement est constitué des mines de sables bitumineux de Fort Hill et de Surmont (Canada), désormais considérées par Total comme des Stranded Assets (des actifs échoués). L’entreprise renonce aussi à investir près d'un milliard de dollars dans le gaz naturel liquéfié en Australie. Pour autant, les effets de la crise sont moindres pour Total que pour EDF. Le pétrogazier maintient le paiement d’un deuxième acompte sur dividende de 66 cents par action.



[1] Dans le cadre du plan Cap 2030, EDF a déjà cédé pour 10 milliards d’actifs.