Tir au loup: l’Etat pousse le bouchon un peu plus loin

Le 24 août 2020 par Romain Loury
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580 loups en France
580 loups en France

Le gouvernement a décidé de pérenniser les modalités de gestion du loup mises en place en 2019, dans son optique «post-500 loups», par le biais de deux arrêtés soumis à consultation. Au passage, il introduit la possibilité d’atteindre jusqu’à 21% de loups tués dans l’année, au lieu de 19% jusqu’alors. Et ce malgré la désapprobation unanime du Conseil national de protection de la nature (CNPN).

A la sortie de l’hiver 2019, l’Office français de la biodiversité (OFB) annonçait que la population lupine française avait atteint 530 individus. Revenu en 1992 par l’Italie, Canis lupus dépassait ainsi le seuil de viabilité démographique, estimé à 500 par l’ONCFS et le MNHN[i] lors d’une expertise publiée en mars 2017.

Face à cette forte croissance (+22%), et pour apaiser la colère des éleveurs, le gouvernement a aussitôt durci les modalités de destruction du loup. De plus, le plafond annuel d’individus pouvant être abattus était relevé à 19% de l’effectif annuel, au lieu de 12% auparavant.

Sans grand effet sur les dégâts aux élevages, ces mesures ont suscité la colère des défenseurs du loup, selon qui une telle pression de tir compromettrait la présence hexagonale de cette espèce strictement protégée. Conséquence possible de ce durcissement, la population continue certes à progresser (580 individus à l’issue de l’hiver dernier), mais moins rapidement que l’année précédente (+9%).

17% + 2% + 2%

Sans surprise, le gouvernement a décidé de pérenniser les mesures édictées en 2019, qui n’étaient alors qu’expérimentales. Elles font l’objet de deux textes soumis à consultation depuis lundi 17 août jusqu’au 13 septembre, en l’occurrence un arrêté-cadre et un arrêté-plafond. Rien de bien neuf a priori, à l’exception d’un élément très évocateur, celui d’un discret relèvement du plafond annuel, désormais à 21% au lieu de 19%.

Dans sa version initiale, le plan post-500 loups prévoyait en effet un plafond de 17% de tirs de défense et de prélèvement. Si ce plafond était atteint, un surplus de 2%, en tirs de défense uniquement, pouvait être promulgué. Et au cas où ces 19% (17% + 2%) seraient de nouveau dépassés, le préfet coordonnateur du plan loup pouvait autoriser les éleveurs à pratiquer de défense simple, sans limite.

Le Conseil d’Etat a invalidé cette dernière mesure en décembre 2019, limitant donc la destruction du loup à un plafond strict de 19%. A croire que cela n’était pas suffisant: dans son projet d’arrêté plafond, le gouvernement fixe décale désormais le curseur à 21%, soit 17% + 2% + 2%.

Une fois les 17% franchis, la première tranche de 2% ne pourra s’appliquer que «dans les zones difficilement protégeables», mais concernera aussi bien les tirs de défense que les tirs de prélèvement (et pas seulement ceux de défense comme précédemment). Si les 19% sont atteints, la seconde tranche de 2% permettra «la défense des troupeaux tout au long de l’année», uniquement via des tirs de défense simple.

Une gestion étrillée par le CNPN

Dans un avis voté le 12 juillet, le CNPN se montre des plus sévères quant à ces deux textes, qu’il désapprouve de manière unanime (17 voix contre, 0 voix pour, 0 abstention). Notant la transition à 21%, le conseil dit «mal comprendre cette augmentation alors qu'il est précisé dans la note d'accompagnement de l'arrêté que le plafond initialement fixé n'a pas été dépassé au cours des saisons précédentes».

«Pourquoi permettre cette augmentation des tirs qui ne peut être perçue que comme une incitation à tirer davantage de loups? Cette augmentation graduelle des plafonds qui passe de 12% en 2018 à 21% par cet arrêté ne peut pas être sans conséquence sur la dynamique de la population de loups», prévient le CNPN, selon qui le ralentissement de la croissance de la population lupine «devrait inciter les services de l’Etat à la prudence».

«Ce texte traduit la volonté de l'Etat, non pas d'utiliser les possibilités dérogatoires pour prévenir les dommages, mais de maximiser les destructions de loups pour freiner le développement de sa population», poursuit le conseil, qui fustige une politique visant «freiner la dynamique» du loup mais sans «pertinence» quant à la prédation sur le cheptel domestique.



[i] MNHN: Muséum national d’histoire naturelle; ONCFS: Office national de la chasse et de la faune sauvage. L’ONCFS a été regroupé en janvier avec l’Agence française pour la biodiversité (AFB) au sein de l’OFB.