Suez-Veolia : le match se poursuit à l’Assemblée

Le 23 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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Les dirigeants de Suez et Veolia devant les députés
Les dirigeants de Suez et Veolia devant les députés

Les dirigeants des groupes Suez et Veolia ont été auditionnés par plusieurs commissions de l’Assemblée Nationale, ce 23 septembre, «pour éclairer le débat public et mieux comprendre leur stratégie». L’occasion d’une nouvelle passe d’armes.

«L’Assemblée ne doit pas donner son avis mais éclairer le débat public», ont martelé les présidents des commissions des finances et des affaires économiques Eric Woerth (LR) et Roland Lescure (LREM). Une occasion aussitôt saisie par les deux groupes, qui se sont prêtés au jeu des –très nombreuses- question réponses avec les députés.

Pas de délai supplémentaire

Très remonté, le PDG de Suez Philippe Varin a commencé par rappeler l’hostilité de l’offre, basée sur un délai très court : seulement 1 mois. «Je ne vois pas pourquoi Engie, dont l’Etat est actionnaire à 23,6%, accepterait un ultimatum de 4 semaines sur un sujet aussi fondamental», a-t-il plaidé. Le groupe a surtout besoin de temps pour boucler une offre alternative à proposer à ses actionnaires. «En deux semaines, ce n’est pas possible, surtout avec la condition nouvelle de trouver 50% d’investisseurs français (une condition de l’Etat, ndlr). Il nous faut quelques semaines pour cela. Nous nous tournons vers certaines partenaires avec qui nous travaillons déjà dans des pays étrangers», a-t-il ajouté.

Un délai qu’Antoine Frérot refuse catégoriquement. «Je ne repousserai pas la date de validité de l’offre faite à Engie. Chaque jour, Suez vend une nouvelle activité. Après sa filiale d’assainissement Osis, c’est au tour de ses activités déchets en Suède et en Allemagne. 13.000 salariés ont disparu du groupe en un mois et demi. Il faut arrêter cette politique de la terre brûlée», a justifié le PDG de Veolia, qui a d’ailleurs racheté Osis en août. Pendant la crise liée à la Covid-19, Suez a aussi débloqué un milliard d’euros de dividendes supplémentaires pour ses actionnaires. 

L’union fait-elle la force ?

Autre sujet de discorde, l’union fait-elle la force ? Oui, claironne Antoine Frérot : «Aujourd’hui, il y a deux champions, mais demain il y en aura zéro si nous n’unissons pas nos forces». Pour le PDG de Veolia, seul un mariage entre les deux groupes permettra de maintenir le leadership français dans 20 ans, alors que Suez détient aujourd’hui moins de 2% des parts de marché sur les secteurs de l’eau et des déchets et Veolia un peu moins de 3%. «La concentration a commencé. Les Chinois ont déjà commencé à s’implanter en Europe, en achetant le numéro 2 des déchets en Allemagne et le numéro 2 des déchets en Espagne», a expliqué Antoine Frérot.

Au contraire, Suez estime que cette union va favoriser le démantèlement de services essentiels. «Si nos groupes ont réussi en France et à l’international, c’est justement grâce à la concurrence. Saur, après avoir changé de main trois fois, a été incapable de mener des programmes d’investissement et n’est pas présent dans des villes de plus de 100.000 habitants», estime le directeur général de Suez, Bertrand Camus. Par ailleurs, il a justifié la récente cession des activités déchets en Allemagne, Pays-Bas, Pologne et Luxembourg, à la filiale PreZero du groupe allemand Schwarz, «pour décarboner notre portefeuille et surtout réduire le périmètre d’action pour engager des investissements massifs car les métiers du déchet seront très différents».

Deux visions stratégiques

C’est tout le fond du problème. En matière de stratégie industrielle, les deux groupes font le grand écart. Veolia mise sur la transformation écologique basée sur le recyclage des déchets non recyclables (polystyrène et plastiques bromés), la capture du carbone, la valorisation des mines urbaines par extraction des terres rares des déchets électriques et électroniques. Avec l’idée de se faire une place sur le marché mondial dans 20 ans. Plus flou, Suez évoque aussi la capture du carbone, notamment à la sortie des incinérateurs, et veut se tourner vers de nouveaux horizons, comme la purification de l’air.

Egalement auditionné, le PDG du fonds d’investissement Meridiam, qui vise le rachat de Suez Eau France a expliqué, pour sa part, que le climat étant l’enjeu majeur de ce siècle et qu’il voulait faire de l’entreprise une référence en matière de protection de la ressource.

Des salariés inquiets

Sur le dernier sujet qui fâche, l’emploi, Antoine Frérot a répété son engagement de maintenir tous les emplois et les avantages sociaux des salariés et se dit prêt à le signer par écrit et à rendre des comptes aux députés dans les mois et les années à venir. «Ce sont des emplois non délocalisables. Les équipes de structure, au siège notamment, rejoindront pour leur part les équipes de Veolia et Meridiam». Le fonds français promet aussi de conserver tous les emplois et d’embaucher 1.000 nouveaux apprentis, tandis que Suez craint toujours la disparition d’au moins 4.000 emplois transversaux en France.

A suivre

Si les députés ne donneront pas leur avis, ils n’ont pas dit leur dernier mot. Un groupe de travail express a été créé à l’Assemblée, pour auditionner, dans les jours à venir, les autres acteurs impliqués dans l’opération, et en particulier les acheteurs et les fournisseurs de Suez. Ils comptent aussi auditionner Engie, avant de rendre, dans les jours à venir, un rapport oral. Et devraient, entre les lignes, donner ou non leur bénédiction.