Sauver l’économie à tout prix

Le 17 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Soutenir l'économie pourrait faciliter sa décarbonation.
Soutenir l'économie pourrait faciliter sa décarbonation.
Honeywell Geismar HFC

La mise à genoux de l’économie française et européenne est une opportunité pour réindustrialiser l’Europe. Une relance du secteur secondaire qui ne sera pas forcément synonyme d’une hausse de notre contribution à l’effet de serre.

 

Nous devons changer de paradigme, martèlent les membres du gouvernement, à la suite de l’allocation présidentielle du 16 mars. Mais à chaque ministre son paradigme. A l’Intérieur, Christophe Castaner précise les mesures liberticides temporaires évoquées par le chef de l’Etat. «Restez chez vous», résume Christophe Castaner. «Pendant au moins 15 jours», précise la porte-parole du gouvernement Sybeth Ndiaye.

Les citoyens devront réserver leur sortie pour des motifs sanitaires, familiaux (s’occuper d’un proche vulnérable), de première nécessité (achats de produits alimentaires et d’hygiène), pour assurer la garde des enfants et pour faire du sport individuel. Les professionnels ne pouvant télétravailler pourront également se rendre à leur travail. Dans tous les cas, chaque personne devra pouvoir présenter aux membres des forces de l’ordre une attestation de déplacement dérogatoire, téléchargeable ci-après.

 

  style=" margin: 12px auto 6px auto; font-family: Helvetica,Arial,Sans-serif; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 14px; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal; -x-system-font: none; display: block;">     style="text-decoration: underline;" >Attestation de déplacement dérogatoire.pdf by   style="text-decoration: underline;" >VLDT on Scribd

 


A Bercy, le problème est tout autre. La priorité pour les services de Bruno Le Maire est d’éviter l’effondrement de l’économie. Selon la situation de chaque entreprise, l’Etat pourra accorder délais de paiement d’échéances sociales et/ou fiscales (URSSAF, impôts), des remises d’impôts directs, soutien pour négocier un rééchelonnement des crédits bancaires. Le gouvernement prévoit de fixer à 300 milliards d’euros le montant des garanties de l’Etat pour tous les prêts bancaires contractés par les entreprises.

«Pour les plus petites d'entre elles, et tant que la situation durera, celles qui font face à des difficultés n'auront rien à débourser, ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales», a indiqué Emmanuel Macron qui n'a pas précisé quelle serait la taille des entreprises concernées. «Les factures d'eau, de gaz, d'électricité ainsi que les loyers devront être suspendus» pour ces entreprises, a-t-il précisé. L’Etat simplifiera et renforcera, par ailleurs, le dispositif du chômage partiel auquel on déjà souscrit plusieurs milliers d’entreprises, petites et grandes.

soutiens aux entreprises petites et grandes

Lundi, le constructeur automobile PSA a ainsi annoncé la fermeture de toutes ses usines en Europe. Les entreprises réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires annuel (TPE comprises) pourront aussi bénéficier de l’aide d’un fonds de solidarité, dont la création a été annoncée ce mardi 17 mars. Doté de 2 milliards d’euros, il servira à soutenir la trésorerie des entreprises ayant perdu au moins 70% de leur chiffre d’affaires, ces dernières semaines. 

Au total, l’Etat prévoit de mobiliser 45 milliards d’euros pour soutenir entreprises et auto-entrepreneurs durant la phase aigue de l’épidémie de coronavirus. Ce soutien pourrait aller au-delà du simple coup de pouce, notamment pour des entreprises stratégiques en difficulté. «Cela peut passer par de la capitalisation ou une prise de participation. Je peux même employer le terme de nationalisation si nécessaire», a confirmé, mardi 17 mars, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Ces mesures fortes pourraient sauver la mise à Air-France-KLM, dont l’activité (comme pour la plupart de ses compétiteurs) est désormais pratiquement inexistante. D’autres, comme EDF, pourraient pâtir d’une trop longue crise. Lundi 16 mars, RTE annonçait que la consommation d’électricité était en recul de 10% par rapport à un jour comparable du mois de mars. Cet après-midi, l’appétit en électron avait chuté de 15%, précise RTE.

renforcer la chaîne de production

Ces géants aux pieds d’argile pourraient ne pas être les seuls à bénéficier de subsides de l’Etat, désormais facilitées par la Commission européenne. Les marchés financiers étant en chute libre depuis plusieurs jours, nombre de grands groupes ne pourront plus se tourner vers le marché obligataire pour se financer, ni auprès des banques sévèrement secouées par l’effondrement des bourses et le risque croissant d’explosion des mauvaises créances.

Au niveau européen, un conseil des ministres des finances de la zone Euro (l’Eurogroupe) s’est accordé, lundi, sur le fait d’engager rapidement l’équivalent de 1% du PNB européen (140 milliards environ) pour soutenir l’activité économique de l’UE. A cela, il faudra ajouter 1.000 milliards d'euros de garanties de prêts pour soutenir les trésoreries des entreprises de la zone euro.

A plus long terme, l’ampleur du travail s’annonce plus considérable encore. Si les entreprises comme les constructeurs automobiles arrêtent les uns après les autres l’activité de leurs usines européennes, ce n’est pas seulement en raison de la fermeture des concessions. Toutes subissent l’arrêt de la fourniture de pièces produites dans les pays parmi les premiers à avoir été frappés par la pandémie, comme la Chine. Une situation qui frappe de nombreux secteurs, comme la pharmacie, l’informatique, les batteries, l’aéronautique, l’électronique. «Cet éclatement mondial de la chaine de production fragilise l’économie des pays assembleurs. Cela doit changer», a martelé Sybeth Ndiaye.

protectionnisme carbone

Il faut réindustrialiser proprement l’Europe. La Commission européenne et Bercy sont d’accord. Ce qui n’est pas forcément (encore) le cas des grands patrons. Une bonne façon de les mettre d’accord pourrait passer par l’instauration de la taxe carbone aux frontières. Un dispositif frappant les produits importés de pays dont la politique économique est incompatible avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

Ce protectionnisme climatique renchérirait le ciment turc, les molécules pharmaceutiques chinoises ou le soja brésilien, créant un appel d’air pour les industriels soucieux d’européaniser leur production bas carbone. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prévu de mettre en œuvre ce dispositif dès 2021. Il est, peut-être, temps, d’accélérer le processus?