Moins de grenouilles, c'est plus de paludisme

Le 03 décembre 2020 par Romain Loury
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Au Panama, les grenouilles décimées par la chytridiomycose
Au Panama, les grenouilles décimées par la chytridiomycose
Jamie Voyles

L’effondrement des populations d’amphibiens, dû à la chytridiomycose, a fait flamber les cas de paludisme en Amérique centrale, révèle une étude publiée au congrès annuel de l’American Geophysical Union (AGU), qui a débuté mardi 1er décembre.

L’idée d’un lien direct entre biodiversité et santé humaine n’est certes pas nouvelle, mais elle prend de l’ampleur avec l’actuelle pandémie de Covid-19. Dans une étude qui sera présentée mardi 8 décembre au congrès de l’AGU, une équipe de l’université de Californie à Davis révèle une nouvelle illustration de ce phénomène, cette fois-ci suite à la chute des populations d’amphibiens.

En cause derrière cet effondrement mondial, la chytridiomycose, liée au champignon Batrachochytrium dendrobatidis. S’il n’a été décrit qu’en 1998, ce pathogène, probablement originaire de la péninsule coréenne, s’est étendu à l’ensemble du globe lors de la moitié du 20ème siècle. Selon une étude publiée en mars 2019, la maladie a entraîné le déclin de 501 espèces d’amphibiens, et l’extinction de 90 – ce qui en fait la plus grande crise de biodiversité liée à un pathogène.

Or ce phénomène serait à l’origine d’une flambée de paludisme au Costa Rica et au Panama, deux pays hébergeant, comme tous ceux d’Amérique centrale, une importante diversité d’amphibiens. Les chercheurs ont comparé le nombre de cas de paludisme dans les deux pays, ainsi que la dynamique de disparition des grenouilles, au cours de la période 1976-2016.

Les moustiques sans prédateurs

Les résultats montrent une nette corrélation spatio-temporelle, la hausse des cas de paludisme succédant rapidement à la disparition des amphibiens –grands consommateurs de moustiques. Dans les deux pays, le nombre de cas de paludisme se situait en-dessous de 1.000 cas par an dans les années 1980; il augmente rapidement suivant le déclin des amphibiens, atteignant un pic de 7.000 cas annuels au milieu des années 1990 au Costa Rica, de 5.000 cas annuels au milieu des années 2000 au Panama.

Suite à ce déséquilibre écologique, le nombre de cas a diminué, mais uniquement suite aux épandages d’insecticides. Si d’autres facteurs ont aussi influencé la dynamique du paludisme, comme la déforestation, c’est bien le déclin des populations d’amphibiens qui semble le facteur le plus important, révèle l’étude.