RTE et l’Ademe dévoilent une stratégie du bâtiment bas carbone

Le 16 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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3 leviers d'action pour décarboner le bâtiment.
3 leviers d'action pour décarboner le bâtiment.
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En 15 ans, la France peut réduire de moitié les consommations d'énergie (et les émissions !) du bâtiment, affirme une étude de l'Ademe et de RTE. A condition d'agir sur l'enveloppe et les équipements de chauffage des bâtiments. Exposé des faits.

Décarboner le bâtiment, c’est possible ! C’est la conviction des rédacteurs de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Publiée en avril dernier, la feuille de route de la neutralité carbone fixe une trajectoire ambitieuse: -49% d’émission carbonée entre 2015 et 2030. La neutralité étant à l’horizon pour 2050 : une économie d’émission de 75 Mt CO2/an, pour la seule combustion directe de combustibles. Pas simple.

Car, le bâtiment est l’un des mauvais élèves de la classe climat française. Entre 1990 et 2017, ses émissions n’ont baissé que de… 3%[1]. Ses piètres performances expliquent, en partie, l’incapacité de la France à tenir ses deux premiers budgets carbone (2015-2018 et 2019-2023).

Peut-on renverser cette vapeur? Oui, répondent les experts de l’Ademe et de RTE. Dans l’étude qu’ils publient, ce 16 décembre, les ingénieurs du bras séculier du ministère de la transition écologique et du gestionnaire du réseau de transport d’électricité estiment possible de placer le bâtiment sur la trajectoire fixée par la SNBC. A quelques conditions.

rénover massivement et efficacement

La première est sans nul doute de lancer un programme de rénovation efficace des logements. Il s’agit d’améliorer sensiblement les performances énergétiques de 800.000 logements par an: neuf fois le rythme actuel, selon le décompte du Haut conseil pour le climat (HCC). Sensiblement, cela implique de baisser de moitié les consommations d’énergie des bâtiments rénovés. Pour le moment, les travaux de rénovation laissent augurer une baisse de 30% de la consommation d’énergies. Le rapport préconise aussi de cibler, en priorité, les passoires énergétiques.

Intervenir sur «l’enveloppe» ne suffit pas. L’Ademe et RTE préconisent aussi de remplacer une bonne part des moyens de chauffage par des équipements bas carbone à haute performance (pompe à chaleur hybride, par exemple). Les 3,5 millions de chaudières au fioul devront rapidement laisser la place à des systèmes de chauffage à gaz, à bois, électriques. Voire à des réseaux de chaleur urbains, dont la source d’énergie devra être décarbonée.

Cette option, rappellent les rapporteurs, est loin de conduire au tout électrique: «en 2035, l’électricité chaufferait 50% des logements et des surfaces tertiaires mais fournirait de l’ordre de 20% de l’énergie finale de chauffage du pays, du fait de la prédominance des pompes à chaleur.»

isolation, énergie, rendement

Menés tambour battant, les programmes d’isolation et d’équipement des logements permettrait d’abattre de 55% les émissions annuelles en 15 ans[2] et ce sans entraver la décarbonation du système électrique. La réussite du programme impose d’actionner, en même temps, trois leviers d’action: isolation, système de chauffage bas carbone et à haut rendement énergétique.

Minorer l’importance de l’un des trois axes réduira l’efficacité de l'ensemble. N’investir que sur les systèmes de chauffage ou la performance énergétique des logements, c’est se condamner à émettre 30 Mt par an: +20% par rapport au scénario idéal. Que se passe-t-il en cas d’échec sur les trois axes? Les travaux et le renouvellement naturel des matériels feraient tout de même baisser les émissions de 34%, contre 44% dans les scénarios incomplets.

n'oublions pas l'effacement

Tributaire d’une électrification de quelques usages, la décarbonation des bâtiments va-t-elle faire exploser la demande d’électrons? Si le programme est correctement menée, la consommation d’électricité par le chauffage devrait se stabiliser, voire légèrement diminuer. Dans le meilleur des cas, cette consommation pourrait représenter 58 TWh/an en 2035, contre 61 TWh aujourd’hui. De quoi aussi réduire de 3 GW le niveau de la pointe, souvent très carbonée. A contrario, faire l’impasse sur la performances des logements, c’est s’assurer une hausse de près de 10% de la consommation d’électricité, avec une hausse de plus de 2% de la pointe.

Possibles, de telles évolutions peuvent être compensées par la mise en œuvre de nouvelles flexibilités. Un pilotage intelligent des recharges de voitures électriques peut contribuer à l’effacement de 8 GW aux heures de pointe[3]. Dans l’habitat, des le pilotage à distance du chauffage électrique permettrait de réduire de 2 GW la puissance appelée au mauvais moment.



[1] Dans le même temps, l’industrie a abattu de 44% ses rejets carbonés.

[2] Les émissions du chauffage passeraient de 53 à 25 Mt CO2 par an entre 2020 et 2035.

[3] Pour 15 millions de véhicules électriques.