Réunion : la nouvelle route du littoral manque toujours de cailloux

Le 12 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il en faut des cailloux pour finir les digues.
Il en faut des cailloux pour finir les digues.
VLDT

Les services de l'Etat font le forcing pour ouvrir la carrière de Bois Blanc qui fournira les matériaux nécessaire à la construction de la Nouvelle route du littoral. Et de dizaines de milliers de logements.

Nouveaux rebondissements dans la saga de la construction de la nouvelle route du littoral (NRL) de l’île de la Réunion. Lundi 9 juin, le conseil régional a annoncé son intention de construire une bretelle de raccordement entre l’actuelle route nationale n°1 (RN1) et le viaduc en cours de construction situé à quelques centaines de mètres en pleine mer.

Long de près de 5km, cet incroyable pont marin est le principal ouvrage d’art de la NRL, une 2 fois 3 voies de 12,5 km bâtie en pleine mer pour éviter les éboulements qui, régulièrement, menace la sécurité des automobilistes empruntant la RN1.

A quelques mois des élections régionales, l’exécutif espère ainsi mettre en service, fin 2021, les 5 premiers kilomètres de la NRL, entre Saint-Denis et la Grande-Chaloupe. Non sans un nouveau surcoût. En 2007, le montant du devis était fixé à 930 millions d’euros. Le coût de la NRL dépasse désormais 1,6 milliard. L’inauguration du nouvel axe routier était initialement prévue en 2020. Le ruban tricolore ne sera probablement pas coupé avant 2023.

2,6 millions de tonnes de roches

Encore faut-il achever le dernier tronçon de la NRL, devant relier la Grande-Chaloupe à La Possession. Posés sur plusieurs dignes, les sept derniers kilomètres de voirie sont actuellement à l’arrêt, faute de matériaux de construction. Leur réalisation nécessite 2,6 millions de tonnes de «roches massives» qui devaient être extraites de la future carrière de Bois-Blanc.

Située sur le territoire de Saint-Leu, ce projet carrière suscite une vive opposition, tant de la mairie que de nombreuses associations. Il a vu sa création entravée par un arrêt du tribunal administratif d’avril 2019 suspendant l’autorisation préfectorale de défrichement. Une décision confirmée par le conseil d’Etat en avril dernier, mais rapidement contournée par la préfecture.

Le 11 juin, le Conseil régional publiait un arrêté préfectoral réintégrant la future carrière de Bois-Blanc dans le schéma régional d’aménagement régional de la Réunion (SAR).

schéma à géométrie variable

A la Réunion, Bois blanc est synonyme d’Arlésienne. Voilà une dizaine d’années que les autorités veulent ouvrir cette carrière, dans le sud-ouest de l’île pour fournir des matériaux de construction nécessaire à la construction de la NRL et aux 130.000 logements qui devront voir le jour d’ici à 2030.

Curieusement, le projet ne figurait pas dans le schéma des carrières de 2010, avant d’être ajouté, quatre ans plus tard, à l’édition de 2014; un document annulé par la Cour d’appel de Bordeaux en mai 2018 puis par le Conseil d’Etat.

Annoncée en juin 2019, la réintégration a été validée par une enquête publique, achevée fin 2019. Pour autant, les tractopelles ne sont pas prêtes à travailler.  La mairie de Saint-Leu a déjà promis d’utiliser «tout l’arsenal légal pour préserver les intérêts de Saint et des Saint-Leusiens.» Coordonnant l’opposition à l’exploitation des roches de la ravine du trou, le collectif «Touch Pa Nout Roch» a promis de poursuivre une lutte intiiée il y a 5 ans. Les automobilistes réunionnais ne vont pas emprunter la voie sur digues de sitôt.