Rénovation énergétique: un coup de pouce qui interroge

Le 22 septembre 2020 par Victor Miget
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Jean-Baptiste Devalland, directeur général de Teksial.
Jean-Baptiste Devalland, directeur général de Teksial.
Teksial

Le ministère de la Transition écologique a annoncé le lancement d'une nouvelle offre «coup de pouce», financée par les certificats d'économie d'énergie, afin de réaliser des rénovations globales. Jean-Baptiste Devalland, directeur général de Teksial, société spécialisé dans le conseil à la rénovation énergétique, nous en dit plus sur ses modalités d’application.

 

Avec ce coup de pouce, l’Etat souhaite déclencher des travaux « ambitieux» entraînant 55% d'économies d'énergie pour les maisons, et 35 % pour les bâtiments collectifs.

Quels sont les avantages de ce nouveau coup de pouce ? 

Nous n’avons pas encore le détail de cette aide mais ce nouveau Coup de Pouce est une bonne nouvelle. Cette aide est une opportunité pour sensibiliser davantage les Français à la rénovation énergétique et leur permettre de penser leur projet de manière plus globale.

La rénovation globale est le nec plus ultra en termes de performance énergétique. En effet, ces travaux seront le fruit d’une réflexion globale, sur l’ensemble du bâtiment prenant en compte tous les postes de rénovation énergétique: isolation, chauffage, ventilation, régulation. Il sera ainsi possible de prioriser les travaux mais aussi de proposer des solutions combinées pour une meilleure performance énergétique du logement.

Coup double. Le coup de pouce sera cumulable avec MaPrimeRenov', l’aide de l'Agence nationale de l'habitat (Anah).

Les CEE sont principalement utilisés pour des actions monogestes. Que vont-elles devenir?

Attention à ne pas supprimer les aides «monogeste». Soyons ambitieux et réalistes à la fois. Malheureusement, tous les Français n’ont pas les moyens de se lancer dans un projet si important. Cela représente un budget conséquent à engager dès le début et en une seule fois et bien souvent un logement inhabitable pendant toute la période des travaux. Pour mémoire, près d’un Français sur 4 n’a pas de budget à investir pour des travaux de rénovation énergétique.

Les aides pour les rénovations monogestes sont donc nécessaires. Facilement envisageable pour les particuliers, c’est un bon moyen de les convaincre pour réaliser un premier projet de rénovation énergétique puis d’en envisager d’autres.

Le gouvernement fixe la fin du coup de pouce pour fin 2021. Pourquoi si tôt?

Ces travaux permettent de réaliser très rapidement des économies d’énergie et donc d’avoir un impact positif et significatif sur le  montant de la facture énergétique. En mettant fin à ce coup de pouce, les pouvoirs publics semblent avoir en tête la lutte contre les effets d’aubaine qui malheureusement sont parfois une réalité. Mais pourquoi faire porter au particulier le coût de pratiques peu vertueuses? Je suis convaincu que la lutte contre la malfaçon, voire la fraude, passe par un renforcement des contrôles. 

La filière est-elle suffisamment organisée pour répondre à la future demande de rénovations?  

Plusieurs corps de métiers et donc compétences techniques sont nécessaires pour réaliser une rénovation ambitieuse. Faire appel à un assistant maître d’œuvre va être inévitable pour certains projets afin de piloter, orchestrer les professionnels mais aussi conseiller le particulier. Les particuliers auront besoin d’un accompagnement plus important tout en garantissant l’indépendance dans le diagnostic, la réalisation des travaux et lors du contrôle.

Pour une meilleure réactivité et suivi, il serait judicieux de pouvoir dématérialiser en toute sécurité une partie du traitement des dossiers de demande de prime CEE dans le but de ne pas freiner le versement des aides, qui dans ce type de projets peuvent être assez conséquentes. Il faudra veiller également à ce que leur traitement administratif puisse suivre le rythme des demandes. 

Le cours du CEE doit rester élevé pour financer de tels chantiers plus onéreux. Or il baisse du fait de la crise sanitaire. Comment faire pour que la demande remonte et se maintienne à un niveau suffisant ?  

Actuellement, les pouvoirs publics réfléchissent au périmètre et règles de la 5e période des certificats d’économies d’énergie (CEE). Il est question d’augmenter les obligations, les fameux « quotas » de CEE. Cela devrait être de nature à maintenir les prix à un niveau approprié. Pour autant que les règles soient bien définies.