Rendez-vous crucial pour protéger la faune de l’Antarctique

Le 26 octobre 2020 par Stéphanie Senet
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En bleu foncé: les projets d'AMP sur la table
En bleu foncé: les projets d'AMP sur la table

25 pays et l’Union européenne se retrouvent, en ligne, du 26 au 30 octobre, pour la réunion annuelle de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR). Objectif: la création de trois aires marines protégées.

L’exercice s’annonce difficile mais pas impossible. Ecourtée et organisée en ligne à cause de la pandémie, la nouvelle réunion de la CCAMLR pourrait se conclure sur la création de nouvelles aires marines protégées (AMP) dans l’océan Austral, vitales pour la protection de la biodiversité. «On n’a jamais été aussi près du but pour finaliser de nouvelles créations», affirme Mike Walker, coordinateur pour l’Europe de la coalition Antarctica 2020.

Un réseau de trois aires protégées dans l’Est

Trois propositions sont sur la table. A commencer par la création de trois aires (MacRobertson, Drygalski et mer de Dumont d’Urville-Mertz), dans l’est de l’Antarctique. Ce projet a été repoussé huit fois de suite à cause de l’opposition de la Chine et de la Russie[1], qui veulent pouvoir y pêcher krill et légine. Proposé par l’Union européenne, l’Australie et la France, ce réseau sanctuariserait 950.000 kilomètres carrés.  

L’océan Austral, qui entoure le continent, représente à lui seul 15% de la surface océanique mondiale. Il abrite des milliers d’espèces rares, dont la Phoque crabier et le Rorqual bleu, et sert d’habitat à des millions de manchots Adélie. Mais la température de l’eau y progresse plus vite qu’ailleurs, perturbant de nombreux écosystèmes. Les populations de krill, notamment, ont disparu de 70 à 80% au cours des 40 dernières années dans certaines parties de l’océan austral. En se nourrissant de phytoplancton, ce petit crustacé de l’Antarctique peut absorber jusqu’à 23 millions de tonnes éq. CO2 par an, selon une étude publiée dans Current Biology.

Contexte favorable

Une note d’espoir: les conditions sont plus favorables cette année en raison du mouvement mondial en faveur de la protection de 30% des océans d’ici à 2030, contre 7,5% aujourd’hui. Cet objectif devrait être fixé par la prochaine conférence mondiale sur la biodiversité (COP15), qui se tiendra précisément en Chine en 2021[2]. Le président Macron a porté le dossier lors d’une rencontre bilatérale avec les représentants de l’empire du Milieu.

Autre proposition de l’UE: créer une AMP de 1,8 million de kilomètres carrés dans la mer de Weddell, dans le nord-ouest du continent. Ce serait la plus grande réserve naturelle au monde. Enfin, le Chili et l’Argentine soutiennent la protection d’une zone située dans l’ouest de la péninsule antarctique. Avec une idée derrière la tête pour cette dernière. Buenos Aires considère désormais comme ses eaux territoriales une zone de 1,7 million de km2 allant du Rio de la Plata jusqu’à la mer de Weddell, îles Malouines et de la Géorgie du sud comprises. De quoi fâcher le Royaume-Uni.

Entre les mains de la Chine

Les pays membres de la CCAMLR ont cinq jours pour renouveler l’exploit atteint en 2016 lorsqu’une vaste AMP a été désignée en mer de Ross, dans le sud du continent. Cette opération a pu aboutir grâce au plaidoyer intense mené par l’ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis John Kerry. «La Chine a l’occasion de montrer son leadership climatique en soutenant la création de trois nouveaux parcs marins où aucune pêche ni aucune activité industrielle ne serait autorisée. Ce serait un refuge où la faune pourrait s’adapter au réchauffement et à l’acidification des eaux et l’un des plus grands actes de protection de l’environnement de l’histoire», a-t-il écrit dans une tribune publiée ce 26 octobre dans le New York Times.



[1] Seules les décisions faisant l’objet d’un consensus sont entérinées

[2] Elle ne se tiendra plus en mai mais à une date ultérieure.