Relance: Jean Castex ouvre l’open bar

Le 15 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Jean Castex veut relancer la contractualisation avec les collectivités.
Jean Castex veut relancer la contractualisation avec les collectivités.
Assemblée nationale

Au lendemain de l’interview du président de la république, le premier ministre a prononcé, ce 15 juillet, son discours de politique générale. Au menu, décentralisation, rénovation des bâtiments, technologies propres, contractualisation écologique avec les collectivités. Sans oublier, le projet de loi «convention climat», annoncé pour le mois de septembre.

Quelques phrases en une heure d’entretien. C’est la place laissée à l’écologie par le président de la république, lors de l’entretien qu’il a accordé, le 14 juillet, à deux journalistes de télévision.

Favorable à l’inscription des enjeux climatique et de biodiversité dans l’article 1er de la Constitution, Emmanuel Macron a souligné que la décision ne lui appartenait pas. «La Constitution ne me permet pas aujourd’hui de décider d’un référendum demain matin sur cette base. Il faut d’abord qu’il y ait un vote par l’Assemblée puis le Sénat dans des termes conformes, et selon les termes de notre Constitution à ce moment-là il peut y avoir ou un Congrès ou un référendum.» Les sénateurs étant opposés, pour le moment, à une réécriture de la loi fondamentale, les membres de la convention citoyenne devront patienter.

La planification gaulliste est de retour. Jean Castex a annoncé la résurrection du Commissariat au plan. Initié par le premier gouvernement présidé par Charles de Gaulle, en 1946, cet aréopage de hauts fonctionnaires et d’experts avait pour but de moderniser la France, moyennant la production de plans quinquennaux. Avec l'abandon de la planification, dans les années 1990, l’institution est remplacée, en 2005, par Centre d'analyse stratégique, auquel a succédé France Stratégie. La rumeur donne François Bayrou grand favori au poste de Haut-Commissaire au plan.

Le chef de l’Etat a, par la suite, mis en exergue quelques points saillants du plan de relance de l’économie. «Je veux que ce soit un plan de relance industriel pour bâtir notre souveraineté industrielle et donc faire relocaliser certaines industries; écologique, et donc je l’ai dit ce nouveau chemin ne passe que par la capacité à développer la filière hydrogène, les nouveaux moteurs, à développer massivement la rénovation thermique des bâtiments, à équiper beaucoup mieux le pays, par exemple dans ses approvisionnements en eau.»

écologique et social

Le locataire de l’Elysée a aussi promis «beaucoup plus d'argent pour que les ménages les plus modestes, en particulier, et les autres puissent procéder aux rénovations pour dépenser moins d'énergie dans la maison et en même temps préserver notre climat. C'est écologique et social.»

Réformateur des mobilités, Emmanuel Macron a aussi annoncé un volet ferroviaire de la transition écologique. «On va redévelopper le fret ferroviaire massivement. On va redévelopper les trains de nuit, là aussi, on va redévelopper les petites lignes de trains parce que tout ça, ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions.»

100 milliards d'euros

Ce mercredi 15 juillet, le premier ministre a précisé le projet présidentiel. Dans son premier discours de politique générale, Jean Castex a confirmé que le plan de relance, qui devra être finalisé pour le début du mois d’août, sera bien doté de 100 milliards d’euros.

Comme indiqué par le président de la République, ce plan devra, en priorité, «transformer notre appareil productif.» Quarante milliards serviront à baisser les «impôts sur la production», à développer les technologies d’avenir, à alléger l’empreinte carbone nationale et à développer le numérique dans les entreprises et l’Administration.

Les collectivités seront choyées par le successeur d’Edouard Philippe. Jean Castex a annoncé une nouvelle étape de la décentralisation, et indiqué que toutes les créations de postes qui seront permises par le projet de loi de finances pour 2021 se feront «au sein des services départementaux de l'Etat, et aucun dans les administrations centrales»

plan vélo électrique

Jean Castex promet aussi de contractualiser à tout va pour étendre les réseaux locaux à haut débit, améliorer les réseaux d’adduction et d’assainissement d’eau et préserver les petites lignes de chemin de fer. Un plan vélo «très ambitieux, d’un montant inégalé» sera aussi présenté. Il pourrait concerner se concentrer sur les cycles à assistance électrique.

D’ici la fin de 2021, «tous les territoires» devront signer avec l’Etat des contrats de développement écologique pour accroître leur réseau cyclable, initier des actions de protection des sols ou de l’eau, installer des les toitures photovoltaïques, promouvoir le tri des déchets. «Les élus et les citoyens seront des acteurs de ces contrats qui seront signés avec l’Etat qui sera partenaire et financeur», a indiqué le premier ministre.

bâtiments, industries, alimentation

Vingt milliards seront aussi alloués à la rénovation thermique des bâtiments, sans précision sur la cible visée (bâtiment public, logements des familles modestes, etc.). Des aides à la rénovation des logements sont aussi prévues. Cette ligne de crédit financera aussi des opérations de réduction des émissions polluantes, la production d’une alimentation «plus locale et durable» et le soutien à des technologies bas carbone, telles les batteries.

Evacués un peu vite par le président de la république, les conventionnels du climat ont fait l’objet d’une attention particulière du premier ministre. Jean Castex a annoncé la création imminente de groupes de travail avec les parlementaires, les élus locaux, pour préparer la rédaction d’un texte devant donner force de loi aux 146 recommandations de la convention citoyenne pour le climat acceptées par le Chef de l’Etat. Le projet de loi devra être présenté au parlement au début du mois de septembre. Le texte pourrait intégrer le moratoire sur la création de centres commerciaux dans les zones périurbaines ainsi que les mesures visant à interdire les publicités incitant à la consommation superflue, deux mesures annoncées par le premier ministre.

«L’écologie n’est pas l’apanage d’une génération, d’une classe sociale, des quartiers de certaines villes ou d’un parti. L’écologie, c’est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses», a-t-il conclu.