Réchauffement: les oiseaux migrateurs chamboulés

Le 16 décembre 2019 par Romain Loury
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Le bruant à couronne blanche, migrateur américain
Le bruant à couronne blanche, migrateur américain
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Le réchauffement climatique entraîne un décalage de la migration chez les oiseaux, montre une étude publiée lundi 16 décembre dans Nature Climate Change. Ce phénomène semble plus marqué au printemps qu’en automne.

En déclin partout dans le monde, les oiseaux migrateurs sont chamboulés par le réchauffement climatique. Dans une étude menées sur la période 1995-2018, Kyle Horton, biologiste à la Colorado State University de Fort Collins, et ses collègues montrent l’ampleur du phénomène, particulièrement marqué au printemps.

Les chercheurs ont analysé le passage d’oiseaux migrateurs grâce à 13 millions d’images radar de l’administration américaine en charge de l’océan et de l’atmosphère (NOAA), normalement à visée météorologique. Portant sur l’ensemble des Etats-Unis contigus (sans l’Alaska et Hawaii), leurs résultats montrent que la migration printanière, du sud vers le nord, avance de 0,6 jour par décennie.

Un effet corrélé au réchauffement

Ce décalage temporel est plus marqué sur les routes migratoires où la température a le plus augmenté. En particulier chez les oiseaux nichant le plus au nord, là où le réchauffement est le plus fort. A l’inverse, les oiseaux ne ‘remontant’ qu’à 30° de latitude nord ne présentent pas de décalage significatif au cours des trois dernières décennies.

Les migrations d’automne, du nord vers le sud, sont aussi plus précoces, mais de manière moins marquée. Selon les chercheurs, cet effet moindre s’expliquerait par le fait que cette migration est moins chargée de compétition entre individus, donc moins pressante, que la migration de printemps, liée à la reproduction et à la nidification.

Désynchronisation des rythmes biologiques

Selon les chercheurs, ce changement temporel pourrait menacer les espèces: leur nourriture dépend des aliments (insectes, plantes) qu’elles trouveront en chemin. Une désynchronisation pourrait ainsi survenir entre les rythmes biologiques de ces diverses espèces, empêchant les oiseaux de trouver assez de quoi se nourrir en trajet.

D’autres facteurs pourraient expliquer les retards de migration: publiée en septembre, une autre étude américaine a montré que l’ingestion de néonicotinoïdes, via des graines enrobées, allongeait le voyage des oiseaux migrateurs, probablement par un effet coupe-faim. En 50 ans, les Etats-Unis et le Canada ont perdu un quart de leurs oiseaux.