Rail: les ONG présentent leur cahier de doléances

Le 20 janvier 2021 par Victor Miget
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Les ONG demandent à ce que les Etats membres se focalisent sur les lignes structurantes pour le territoire de l'Union européenne.
Les ONG demandent à ce que les Etats membres se focalisent sur les lignes structurantes pour le territoire de l'Union européenne.
VLDT

Dans un rapport, présenté le 20 janvier, des ONG rappellent quels sont les leviers à actionner pour faire de 2021, l’année du rail.  

 

L'Union européenne s'est fixée comme objectif de devenir climatiquement neutre d'ici à 2050. «Rendre la mobilité plus durable est nécessaire pour atteindre cet objectif», assurent des ONG de divers pays membres dans un rapport. Et alors que la Commission européenne a fait de 2021 l’année du rail, à en croire les conclusions des militants, il va falloir charbonner.

Tout part d’un constat. Dans la plupart des États membres, le rail est en berne. Il ne transporte que 8% des passagers et les services ferroviaires internationaux sont très insuffisamment développés. Sur les 365 liaisons ferroviaires transfrontalières existantes, 149 n’étaient pas opérationnelles en 2018. Toutes les capitales européennes ne sont pas reliées par des services ferroviaires directs.

Connexions plutôt qu’infrastructures

Les ONG regrettent que l'Europe se concentre trop sur le développement d’infrastructures onéreuses et leur mise en œuvre plutôt que sur la réorganisation de l’existant. «Une grande partie de l'infrastructure est déjà là, en particulier en Europe occidentale, mais n'est pas utilisée à son plein potentiel», regrettent-elles. La plupart des services ferroviaires internationaux s'arrêtent à la frontière. Les voyageurs doivent changer de train plusieurs fois d’une capitale à l'autre et les trains longue distance se connectent mal aux services régionaux.

Les principaux obstacles sont à appréhender à l’échelon national. Des verrous administratifs rendent les services internationaux moins attractifs pour les opérateurs. Ces derniers doivent demander un accès aux voies à divers gestionnaires d'infrastructure; les conducteurs doivent être polyglottes et le matériel roulant doit être compatible avec différents systèmes électriques, de signalisation et de sécurité. Un casse-tête. «Ce qu'il faut, c'est un esprit européen dans la planification et gestion des services ferroviaires».

L'Agence ferroviaire (ERA) pourrait créer un guichet unique, fournir des informations sur le matériel roulant, ainsi que sur la fréquence et la vitesse des services. Et ce, afin de faciliter la coordination entre les gestionnaires d'infrastructure et «garantir que les services obtiennent les emplacements de voies nécessaires pour des trajets rapides et fluides». Dans cette optique, les ONG suggèrent de transformer l'ERA en autorité de contrôle et de coordination du trafic pour le transport ferroviaire international.

Une seule plateforme

Guichet unique? Pour dynamiser le rail «voyager en train doit devenir au moins aussi simple que voyager en avion. Les consommateurs devraient pouvoir réserver des billets de train pour n'importe quelle connexion dans l'UE via des guichets uniques». Pour y parvenir, il s'agirait dans un premier temps de rassembler les offres de billets des différents opérateurs. Actuellement, ces derniers ne sont pas obligés de proposer des billets directs, ici: «un voyage multi-segments avec une garantie d'arriver à la destination finale».

«L'UE doit exiger des opérateurs ferroviaires qu'ils partagent tous les données pour faciliter la réservation de voyages internationaux en train». Dans son programme de travail 2021 la Commission européenne a annoncé qu'elle réviserait le règlement encadrant le déploiement des systèmes de transport intelligents (STI) et proposerait une initiative de billetterie multimodale.

Le nerf de la guerre

Ces réorientations stratégiques ne se feront pas sans réaffectations de crédits et nouveaux financements. D’après les ONG, les deniers du Fonds de cohésion, du mécanisme pour l'interconnexion en Europe, et de la Facilité pour la reprise et la résilience sont trop tournés vers les infrastructures routières et aéroportuaires. «C'est particulièrement le cas pour le Fonds de cohésion de l'UE : environ 50% va à la route et seulement 25% aux projets ferroviaires».

Mais c’est aussi dans le rail, que l’UE doit changer de voie. Le coût moyen d’un km de ligne à grande vitesse est de 25 M€ et souvent, ces infrastructures «ne répondent pas aux attentes: en moyenne les vitesses atteignent rarement 200 km/h, et seules quelques lignes transportaient plus de neuf millions de passagers par an (la référence pour une ligne à grande vitesse réussie)». Les ONG suggèrent de se focaliser sur l’électrification, la construction de deuxième piste, ou plus généralement sur des segments structurant pour le territoire européen.