Quelle stratégie d’adaptation pour le Cap Ferret ?

Le 10 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chaque année, le Cap Ferret recule de 4 à 5 mètres.
Chaque année, le Cap Ferret recule de 4 à 5 mètres.
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Pour contrer la forte érosion à laquelle est soumise la Saint-Tropez de la Gironde, les élus prévoient de renforcer les plages par du sable marin. Un projet retoqué par le conseil national de la protection de la nature.

 

Faut-il reconstituer à tout prix la pointe du Cap Ferret ? Fermant l’entrée du bassin d’Arcachon, cette langue de sable abrite de nombreuses maisons de vacances de célébrités. Soumises aux effets du vents et de la houle, côté océan, et à la marée et aux courants côté bassin, la pointe de la presqu’ïle de Lège-Cap-Ferret (33) est soumise à une érosion naturelle de plusieurs mètres par an, rappelle l’Observatoire de la côte aquitaine.

Le Syndicat intercommunal du bassin d'Arcachon (Siba) prévoit d’effacer les effets de l’érosion en déposant plus d’un million de m3 de sables marins. Ce sable sera collecté en mer, sur le banc du Bernet, situé de l'autre côté du Bassin. Coût de l’opération: une quinzaine de millions d’euros. Faute de quoi, certains habitants pourraient devoir déménager. Selon le Siba, 12 appartements, 3 commerces et 6 maisons sont menacés par les eaux d'ici à 2045.

Le projet n’est pourtant pas du goût du Conseil national pour la protection de la nature (CNPN). Le 4 mai dernier, le CNPN a rendu un avis défavorable à ce programme de réessablement. Publié ce mercredi 10 juin par Sud-Ouest, l’avis consultatif rappelle que la stratégie nationale de gestion du trait de côte ne vise pas à défendre, quoi qu’il en coûte, les bandes littorales menacées par l’océan. Les scientifiques reprochent aussi aux élus d’avoir «sous-estimé» les impacts de leur projet, «en particulier pour le milieu marin», citant le cas des zostères, des plantes aquatiques, ou « les récifs d'hermelles », des vers marins.

Le CNPN note que la zone contient un «fort gisement de palourdes et élevages d'huîtres générant chacun de forts revenus» et joue «un rôle de nurserie» pour de nombreuses espèces, dont les anguilles, la sole, le bar...

Le Conseil aimerait aussi que les porteurs du projet évaluent l'impact du bruit pendant les travaux, ainsi que la possibilité de préférer du sable terrestre au sable marin. L’avis demande enfin d’évaluer les conséquences pour les courants marins de l’extraction d’un million de m3 de sable.