Quatre récits pour une neutralité carbone

Le 15 janvier 2021 par Stéphanie Senet
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Une neutralité carbone, quatre options
Une neutralité carbone, quatre options
Ademe

L’Ademe a présenté, ce 15 janvier, un point d’étape de son projet «Prospective Energie Ressources 2050», qui détaille quatre trajectoires très différentes pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

«L’objectif de ce projet est d’illustrer comment plusieurs options sont encore possibles à long terme pour atteindre la neutralité carbone et explorer les différentes implications, économiques, sociales, environnementales, notamment sur les aspects de ressources en matière, et territoriales», a expliqué David Marchal, directeur exécutif adjoint de la recherche et des programmes à l’Ademe.

Devant éclairer les choix politiques et techniques qui devront être faits ces prochaines décennies, l’exercice se base sur la neutralité carbone, telle que définie dans la loi Energie Climat du 8 novembre 2019. Soit «un équilibre, sur le territoire national, entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre», conformément à l’article 4 de l’accord de Paris. Sont exclus les crédits internationaux, qui permettent à un émetteur de « compenser » ses émissions par des projets qui évitent ou séquestrent des émissions à l’étranger.

Sobriété et territorialisation dans l’urgence

Le premier des scénarios vise la sobriété et la territorialisation dans l’urgence en 2050. Techniquement, il mise sur la simplification des systèmes techniques, le low tech, la réparation et la réutilisation, de nouveaux usages du numérique, une faible dynamique d’innovation technologique, avec la sobriété et l’efficacité en ligne de mire.

Au niveau économique, il table sur une croissance annuelle de 1% puis sur une baisse du PIB. Le commerce international est contracté et les circuits courts se développent, en particulier dans l’alimentation. La fiscalité environnementale est plafonnée, la dette publique limitée, l’endettement des ménages croissant. Le soutien aux activités néfastes, dont les subventions aux énergies fossiles, est définitivement arrêté.

Au niveau territorial, les pouvoirs locaux prennent du galon puisqu’ils disposent des moyens pour atteindre les objectifs définis par l’Etat. Légitimées, les  collectivités territoriales investissent dans la transition écologique et énergétique en y impliquant les citoyens. L’étalement urbain est maîtrisé.

Soutenabilité et rééquilibrage

La deuxième option s’appuie davantage sur un développement soutenable et un rééquilibrage territorial. Au niveau technique, cela se traduit par l’essor du recyclage, de l’innovation verte, du numérique au service de nouveaux modèles économiques. La sobriété et l’efficacité sont complétées par la diversité des énergies renouvelables, en particulier la biomasse.

Une croissance plus qualitative est visée (1,3% par an puis baisse) avec une réindustrialisation de secteurs-clés. Le marché est plus complexe que dans l’hypothèse précédente : le commerce international est plus régulé et la valorisation territoriale accrue. Il existe une fiscalité carbone et environnementale claire et croissante.

Au niveau des territoires, la contractualisation s’accroît entre l’urbain et le rural. Les collectivités planifient précisément leur politique énergétique et foncière.

Métropolisation et BOND TECHNO

Plus technophile, le troisième scénario optimise le système technique en place par un déploiement numérique généralisé. L’investissement en développement et les innovations sont importants. Plutôt que la sobriété et l’efficacité, il mise sur une offre d’énergie décarbonée.

L’économie se tertiarise. La métropolisation s’intensifie et la société fait un bond technologique. La croissance s’élève à 1,5% par an puis diminue. La fiscalité carbone est seulement étendue à des secteurs non soumis à la concurrence internationale. La société est connectée et consomme des produits « verts ».

Moins impliqués, les acteurs publics sont davantage garants du cadre d’actions des acteurs privés. Les villes fonctionnelles se développent. Les métropoles accueillent beaucoup d’innovation.

Le pari technologique

Plus risqué, le dernier scénario –qui est comme les autres dans les clous de la neutralité carbone- fait un pari technique pour sauvegarder le mode de vie actuel. Cela implique un renouvellement accéléré des équipements pour bénéficier des meilleures techniques disponibles, notamment en matière de robotisation, big data et internet des objets. La recherche s’accélère dans de nombreux domaines : énergie, biotech, stockage géologique, recyclage.

Carbonée, la croissance économique s’élève à 1,8% par an puis doit baisser. Au niveau international, le commerce est très mondialisé. Minimaliste, la fiscalité carbone est très ciblée. La consommation individuelle est soutenue. Si les revenus augmentent, les inégalités aussi.

Les territoires pilotent l’évolution du système énergétique. Le modèle territorial est standardisé et l’étalement urbain se poursuit.

Des chiffres à confirmer

Si l’Ademe a communiqué quelques chiffres, ceux-ci restent provisoires. Pour l’heure, tous les scénarios impliquent une baisse de la demande finale en énergie oscillant, selon les scénarios, entre 20 et 49% entre 2015 et 2050. Sur ce point, seul le scénario 1 est conforme aux objectifs de la SNBC quant à la consommation finale d’énergie.

Côté bouquet énergétique, la part du gaz renouvelable varie entre 5 et 21% de la demande de gaz en 2050. La part des pompes à chaleur augmente fortement dans la demande finale en énergies thermiques: de 36 à 44% selon l’option. La part des énergies renouvelables dans la production d’électricité oscille entre 76 à 91% (la SNBC vise 71%). Au total, ces scénarios font baisser les émissions de GES énergétiques de 69 à 75% en 2050 par rapport à 2015. Le rapport final de l’Ademe sera publié à la fin de l’année.