Qualité de l’air: moins d’ozone, c’est plus d’oiseaux

Le 30 novembre 2020 par Romain Loury
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Le déclin des oiseaux freiné de 50%
Le déclin des oiseaux freiné de 50%

Aux Etats-Unis, l’amélioration de la qualité de l’air, en particulier en matière d’ozone, a permis de ralentir fortement le déclin des populations d’oiseaux, révèle une étude américaine publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Si les impacts de la pollution de l’air sur l’homme sont bien connus, ceux sur la faune sauvage demeurent peu étudiés. Ce qui, selon Ivan Rudik, chercheur à l’université Cornell (Ithaca, Etat de New York), s’explique par le fait qu’«il n’y a pas une somme très importante de données populationnelles d’espèces animales pour évaluer la relation» entre effectifs et niveau de pollution.

Des effets directs et indirects

S’il y a peu de doutes que la pollution de l’air nuit aussi aux animaux, les quelques éléments de preuve reposent sur des études de laboratoire, au cours desquels mammifères et oiseaux ont été exposés à divers polluants de l’air. Parmi ces derniers, l’ozone pourrait être l’un des plus problématiques, comme le montre l’étude menée par Ivan Rudik et ses collègues.

L’ozone pourrait agir de plusieurs manières: de manière directe, en altérant, comme chez l’humain, les capacités respiratoires; de manière indirecte, en diminuant la croissance végétale et en raréfiant les insectes, fragilisant ainsi les chaînes alimentaires. Sans distinguer entre les divers mécanismes, les chercheurs montrent que les efforts menés aux Etats-Unis afin de réduire la teneur atmosphérique en ozone ont ainsi eu des effets bénéfiques sur les oiseaux.

Les oiseaux terrestres plus affectés

Les chercheurs se sont dans un premier temps penchés sur un programme mis en place en 2003 par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), le NOx Budget Trading Program (NBP), qui impose des plafonds d’émissions de précurseurs d’ozone entre le 1er mai et 30 septembre.

En utilisant divers contrôles (Etats participants vs non-participants; avant 2003 vs après 2003; période mai-septembre vs reste de l’année), les chercheurs sont parvenus à définir un taux de conversion entre teneur d’ozone et effectifs d’oiseaux, consignés dans la base de données eBird.

Ces premiers résultats montrent un effet plus marqué de l’ozone sur les oiseaux terrestres que sur ceux de milieu aquatique (de littoral ou d’eau douce) et sur les espèces les plus petites. Ce qui fait suspecter aux chercheurs que l’impact de l’ozone pourrait s’exercer via l’abondance d’insectes.

1,5 milliard d’oiseaux épargnés

L’équipe extrapole ensuite ces résultats à la période 1980-2018, durant laquelle la teneur atmosphérique en ozone a diminué, en moyenne, de 0,13 partie par milliard (ppb) par an aux Etats-Unis. Sans cette amélioration, les effectifs d’oiseaux seraient réduits de 1,5 milliard par rapport à la situation actuelle, calculent les chercheurs.

Pour rappel, une autre étude menée à l’université Cornell, publiée en septembre 2019 et sur laquelle les chercheurs s’appuient en grande partie, a montré que les Etats-Unis ont perdu 2,9 milliards d’oiseaux depuis 1970, soit 29% de leurs effectifs. Sans la baisse du niveau d’ozone, la perte serait donc de 50% supérieure, et 20% des 7 milliards d’oiseaux vivant actuellement aux Etats-Unis ne seraient pas là.

En réduisant l’érosion des populations d’oiseaux, l’amélioration de la qualité de l’air a eu des bénéfices sur plusieurs services écosystémiques, dont la pollinisation, la dispersion des graines et le contrôle des insectes. Alors que ces bienfaits sont rarement, voire jamais, pris en compte dans les politiques de qualité de l’air, cette étude constitue un «premier pas» dans cette direction, concluent les chercheurs.