Puits abandonnés: des émissions de méthane méconnues

Le 21 janvier 2021 par Romain Loury
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Plus de 4 millions de puits abandonnés aux Etats-Unis
Plus de 4 millions de puits abandonnés aux Etats-Unis
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Aux Etats-Unis comme au Canada, les émissions de méthane émanant des puits abandonnés sont largement sous-estimées, selon une étude publiée dans Environmental Science & Technology. Il s’agit pourtant de sources non négligeables de ce puissant gaz à effet de serre.

Forés depuis le 19ème siècle, les puits de gaz et de pétrole jonchent le sol nord-américain, et nombre d’entre eux sont tombés dans l’oubli. Après avoir écumé archives, bases de données et articles de recherche, l’équipe de Mary Kang, du département de génie civil et de mécanique appliquée de l’université McGill (Montréal), estime que leur nombre est d’au moins 373.000 au Canada, et 4,05 millions aux Etats-Unis!

Dans ce dernier pays, ces puits abandonnés se concentrent au Texas, en Pennsylvanie, au Kansas, en Virginie-Occidentale et dans l’Oklahoma, cinq Etats qui regrouperaient 65% du total. Au Canada, c’est l’Alberta et la Saskatchewan qui compteraient 87% de ces puits à l’abandon.

Si certains ont été bouchés, la plupart ne le sont pas. Or ces puits constituent une source d’émission de méthane[i] non seulement importante, mais probablement sous-estimée. C’est ce que suggèrent les chercheurs dans leur étude, au cours de laquelle ils ont estimé les quantités annuelles de méthane émises par l’ensemble de ces puits.

Des émissions sous-estimées de 20%

Pour cela, ils ont extrapolé à partir des flux de méthane effectivement mesurés dans 598 puits abandonnés des deux pays. Si le taux moyen d’émissions s’élève à 6 grammes de méthane par heure, il varie de 1,8 mg/h à 48 g/h, selon que le puits ait été rebouché ou non, selon le type d’hydrocarbure exploité (gaz, pétrole ou mixte) et selon l’Etat ou la province.

Selon les chercheurs, les émissions aux Etats-Unis s’élèveraient ainsi entre 0,32 et 0,36 million de tonnes de méthane par an, soit 20% de plus que les estimations publiées en 2018 par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), de 0,28 Mt/an.

Si les émissions sont plus faibles au Canada, du fait d’un nombre de puits 10 fois inférieur, elles sont plus largement négligées: les chercheurs les estiment à 0,026 Mt/an, soit 160% de plus que le chiffre officiel de 0,01 Mt/an.

Les puits abandonnés constitueraient ainsi la 10ème source anthropique d’émission de méthane aux Etats-Unis, la 11ème au Canada, mais ils sont, et de loin, la plus méconnue de toutes. Selon les chercheurs, «il est important d’évaluer des stratégies d’atténuation tels que le rebouchage des puits, la remise en fonction de ceux non bouchés dans le cycle de production ou à d’autres usages (tels que la géothermie), ou encore la réduction du nombre de nouveaux puits forés».



[i] Deuxième gaz à effet de serre responsable du réchauffement, le méthane possède un potentiel de réchauffement global (PRG) de 28 fois supérieur à celui du CO2, sur une période de 100 ans.