Préparer le parc hydroélectrique pour l’hiver

Le 15 mai 2020 par Volodia Opritchnik
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Construits dans les années 1930, les barrages de la vallée de la Truyère doivent être modernisés.
Construits dans les années 1930, les barrages de la vallée de la Truyère doivent être modernisés.
EDF/Pierre Soissons

A peine déconfinées, les équipes de la division hydraulique d'EDF s'activent. Avec un double objectif: préparer l'hiver et accroître la production, pour pallier au manque annoncé d'électricité nucléaire. Explication avec Yves Giraud, directeur de la division hydraulique de l'opérateur historique.

Sur le plateau énergétique, le parc hydroélectrique d’EDF joue un peu les seconds rôles. On en parle rarement. Mais on est bien content de le trouver. Et, peut-être plus encore l’hiver prochain que d’habitude.

Le confinement a considérablement désorganisé le calendrier de la maintenance des centrales nucléaires, lesquelles fournissent la base de la production de l’électricien national. Les 56 tranches en service, cette année, produiront moins que prévu. Selon les dernières projections de l’opérateur historique, la production d’électricité nucléaire devrait s’établir à 300 TWh: en baisse de 20% par rapport à 2019.

nouvelle centrale souterraine

La sécurité de l’approvisionnement n’est pas (encore) menacée. Mais les marges de manœuvre se sont considérablement resserrées pour cet hiver, période de forte consommation. Dès lors, les regards se tournent vers les 500 centrales hydroélectriques et barrages opérés par EDF. Représentant une capacité installée de 25 GWe (contre 63 GWe pour le parc nucléaire), le parc hydro d’EDF viendra donc à la rescousse de son grand frère atomique.

Exploitants et sous-traitants seront mis à contribution. «Le confinement a arrêté l’essentiel des 251 opérations de maintenance et chantiers en cours. Au bout de 6 semaines, nous en avons déjà relancé 130», se félicite Yves Giraud, directeur de la division hydraulique d’EDF. Il faudra faire mieux encore.

Les équipes de la vallée alpine de la Romanche devront notamment achever les essais de la centrale hydroélectrique de Romanche-Gavet. Devant être mise en service en septembre, cette installation souterraine, creusée sous les pistes de la station de Alpe d’Huez, produira 560 gigawattheures (GWh) par an: plus de 1% de la production française d’EDF.

moderniser les centrales de la Truyère

Alors que le spectre de la sécheresse plane sur de nombreuses régions, le parc hydroélectrique tricolore affiche de pleine réserve. «Le niveau de nos lacs de retenue est 15% plus élevé que l’an dernier à pareille époque», confirme Yves Giraud. Il faudra donc procéder à quelques lâchers préventifs pour accueillir l’eau de la fonte des neiges.

À terme, l’électricien veut aussi accroître son parc hydraulique, comme l’incite à le faire la dernière programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Parmi les projets en vue: la modernisation des 15 centrales de la vallée de la Truyère, un affluent du Lot. «Il y a un potentiel de 1 GW, mais il faut être raisonnable.»

Le patron de la division hydraulique aimerait profiter des plans de relance pour engager les premiers travaux de modernisation des installatiosn construites par feue la Société des forces motrices de la Truyère. Mais il faudra, sans doute, auparavant que la France et la Commission européenne résolvent le délciat problème du renouvellement des concessions hydroélectriques françaises. Un sujet de fâcherie entre Paris et Bruxelles vieux de 15 ans.