Pour la biodiversité, les financements sont payants

Le 18 janvier 2021 par Romain Loury
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Le financement de la biodiversité a triplé entre 2012 et 2019
Le financement de la biodiversité a triplé entre 2012 et 2019

Le financement par les Etats de la protection de la biodiversité, certes insuffisant, ne cesse de progresser. Les bénéfices sont tangibles: selon une étude publiée lundi 18 janvier dans Nature Ecology & Evolution, chaque milliard de dollars permet de diminuer de 0,57% par an la proportion d’espèces menacées.

Certes, les financements alloués à la protection de la biodiversité sont loin d’être à la hauteur: parmi les 30 Etats analysés[i] par Andrew Seidl, de l’université d’Etat du Colorado, et ses collègues, leur part ne s’élève qu’à 0,3% du PIB, alors que la Convention sur la diversité biologique (CDB) estime que l’atteinte des objectifs d’Aichi nécessite une part de 0,5%.

Malgré cette insuffisance de moyens, le budget biodiversité a connu une nette hausse dans l’ensemble des pays, qu’il soit rapporté au PIB ou au budget total. Dans leur étude, les chercheurs se sont notamment penchés sur l’efficacité de ces financements sur le sort des espèces menacées.

L’analyse montre que chaque milliard de dollars investi est associé à une baisse annuelle de 0,57% du taux d’espèces menacées (nombre d’espèces menacées rapporté au nombre total d’espèces). Sur l’ensemble de la période 2008-2015, les financements biodiversité des 30 Etats ont ainsi réduit le taux d’extinction d’espèces d’une proportion comprise entre 6,3% et 8,9%, soit 1% par an.

Les pays en développement financent relativement plus

Les chercheurs, qui ne détaillent pas les résultats par Etat, se penchent par ailleurs sur les différences de financement entre pays développés et pays en développement. Si les Etats riches y consacrent certes une plus grande part de leur budget, ce phénomène disparaît lorsqu’on tient compte du PIB. A PIB équivalent, la  part budgétaire des Etats en développement dépasse celle des pays développés.

Au-delà des caractéristiques économiques des pays, ceux-ci consacrent plus de fonds à la biodiversité, rapporté à leur budget national, lorsque les espèces menacées y sont plus abondantes, que le pays dispose d’une plus grande biodiversité ou qu’il en héberge un hotspot. A l’inverse, la démographie du pays, qu’il s’agisse de la croissance de la population, de sa densité ou du taux d’urbanisation, réduit les financements.

Plus d’attention, plus d’argent. Dans un rapport publié en septembre 2020, le Paulson Institute, think tank américain, estimait entre 124 et 143 milliards de dollars l’ensemble des financements mondiaux alloués à la protection de la biodiversité, soit trois fois plus qu’en 2012. Si l’évolution est très encourageante, ce montant demeure deux à quatre fois plus faible que l’ensemble des subventions à l’agriculture, à la pêche et à l’exploitation forestière.


[i] Parmi ces 30 pays, situés sur l’ensemble des continents, 17% étaient des pays développés. Parmi eux, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et le Canada.