Post nucléaire : l’avenir flou du bassin de Fessenheim

Le 26 juin 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quel avenir pour les salariés, les sous-traitants et les habitants?
Quel avenir pour les salariés, les sous-traitants et les habitants?
EDF

Quatre jours avant l'arrêt défiitif - une décision politique - de la centrale nucléaire alsacienne, l'avenir du bassin d'emplois de Fessenheim reste des plus incertains.

 

Jusqu’à son dernier souffle, la centrale nucléaire de Fessenheim aura subi le feu de la critique. Ce vendredi 26 juin, la dernière tranche encore en activité s’est automatiquement arrêtée. Peut-être à la suite du passage d’un orage? La procédure est normale. EDF devrait redémarrer le réacteur de 900 MW, trois jours avant son arrêt définitif. Qu’à cela ne tienne:  «qui osera encore prétendre qu'elle est sûre? D'ailleurs, est-il raisonnable de la redémarrer?» s'est interrogé sur Twitter André Hatz, président de l'association Stop Fessenheim, moquant une centrale «grabataire». L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a longtemps considéré la centrale alsacienne comme l’une des plus sûre du parc tricolore.

Si la date de l’arrêt de la doyenne des centrales françaises est connue (le 30 juin), la suite est encore nimbée de flou. Durant le précédent quinquennat, salariés, riverains, élus ont souvent dû se contenter de promesses gouvernementales, portées par plusieurs délégués interministériels. Le dossier a été repris par le gouvernement actuel. Sans grand résultat, comme le rappelait début mars un rapport de la Cour des comptes. «Il n’y a aucune perspective à court terme dans le bassin d’emploi de Fessenheim», confirme le maire, Claude Brender.

tensions fiscales

A cela s’ajoutent des tensions financières pour la cité. Bénéficiant des retombées fiscales (5 M€/an) de la centrale nucléaire, la commune de 2.300 habitants doit reverser une partie de cette manne au fonds national de garantie individuelle des ressources (FNGIR). Créé en 2011, ce fonds a pour objet de neutraliser le supplément de ressources collectées par certaines collectivités à la suite de la réforme de la taxe professionnelle. Fessenheim devra régler 2,9 M€ par an au FNGIR, alors que ses retombées fiscales vont fondre comme neige au soleil. Des dispositions insérées dans la loi de finances 2019 devraient permettre de compenser, en partie, ces pertes jusqu’en 2030.

Accusé d’immobilisme, l’Etat affirme avoir mobilisé 35 M€ pour assurer la relance de l’activité économique du territoire. Les résultats ne sont pas légion. L’Européenne de biomasse a confirmé, la semaine passée, la construction d’une unité de production de combustibles issus des déchets de bois. Si tout va bien, plusieurs dizaines de millions d’euros seront investis dans une unité capable de produire plus de 200.000 tonnes de pellets par an. L’inauguration n’est pas prévue avant 2023, au mieux. L’usine pourrait accueillir entre 300 et 700 salariés dans le futur parc d’activité EcoRhéna.

les promesses du démantèlement

Une société d’économie mixte franco-allemande doit, en principe, gérer cette zone d’activité binationale. Elle n’est pas encore opérationnelle. Ce qui n’empêchent pas les services du ministère de la transition écologique d’espérer les premières implantations d’entreprise dès 2022.

L’Etat a exceptionnellement lancé un appel d’offres sur la création de centrales photovoltaïques à proximité du site nucléaire. Une douzaine de projets ont déjà été validés. D’autres devraient suivre. A terme, la direction générale de l’énergie et du climat prévoit la mise en service 300 MWc de capacité solaire sur le site. Mais ces installations ne créent pratiquement pas d’emplois pérennes.

EDF étudie toujours la possibilité d’installer, à proximité, un technocentre. Concrètement, il s’agirait d’une usine de décontamination des déchets métalliques issus du démantèlement des centrales nucléaires. Initialement, cette installation avait été conçue pour traiter les ferrailles des centrales françaises et allemandes. Proposition finalement rejetée par Berlin. Après avoir émis des doutes sur son intérêt, la ministre de la transition écologique, Elisabeth Borne, a confirmé, fin février, la réalisation du Technocentre de Fessenheim. Sans préciser le moindre calendrier.

début de programme

L’accompagnement social de la fermeture de la centrale est, peut-être, la seule réussite dont puissent se targuer les pouvoirs publics. Selon l’Hôtel de Roquelaure, plus de «60 % des situations des 850 salariés d’EDF sont pleinement réglées». Certains travailleront au démantèlement de la centrale. Le bilan est, en revanche, moins favorable pour les 400 sous-traitants: plus de 170 ont réalisé un entretien de reconversion et une centaine serait inscrite dans des formations.

D’ici à 2035, la France doit encore fermer 14 réacteurs, dont une demi-douzaine avant 2030. Espérons que d’ici là, le gouvernement aura finalisé un programme d’accompagnement des entreprises et des collectivités moins angoissant pour les parties prenantes que celui inauguré dans le Haut-Rhin.