Ports de Paris met la pression sur les cimentiers

Le 11 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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L'usine Lafarge du port de Bercy, à Paris, au coeur de la tourmente
L'usine Lafarge du port de Bercy, à Paris, au coeur de la tourmente

Alors que Lafarge est soupçonné d’avoir déversé des eaux polluées dans la Seine, Ports de Paris annonce de nouveaux contrôles des usines à béton et de fortes sanctions, pouvant aller jusqu’à la résiliation de la concession.

L’affaire Lafarge a mis le feu au lac. La vidéo d’un déversement dans la Seine d’eaux chargées de ciment et de plastique devant son usine de Bercy, qui a circulé le 1er septembre sur les réseaux sociaux, a tout d’abord conduit à l’ouverture d’une enquête au parquet de Paris. Motifs : déversement de substances nuisibles par personne morale, jet ou abandon de substances nuisibles et utilisation de produits phytosanitaires sans respecter les conditions d’utilisation. Une plainte a été déposée au parquet de Paris par l’Office français de la biodiversité, suivi par FNE Ile-de-France et FNE Paris, alors que le groupe Vinci a été condamné l’an dernier à 90.000 euros d’amende pour un déversement similaire d’eaux polluées.

Ports de Paris entre en scène

C’est au tour de Ports de Paris de mettre son grain de sel. «Si l’enquête préliminaire conduit à un acte délibéré, c’est l’existence même de l’installation qui est remise en cause. Dans ce cas, nous nous porterons partie civile», a prévenu le 10 septembre Antoine Berbain, directeur général d’Haropa-Ports de Paris.

L’établissement, qui attribue les concessions sur les berges parisiennes, a aussi lancé un plan d’actions[1] qui renforce les contrôles sur la trentaine d’usines franciliennes à béton situées sur les bords de Seine.

Signalements d’incidents

Selon le communiqué de presse diffusé ce 11 septembre, les entreprises seront obligées d’assurer un auto-contrôle et de signaler au port, à la mairie et à la préfecture, dans les 12 heures, tout incident ayant un impact potentiel sur l’environnement. Si nécessaire, l’exploitant doit présenter et mettre en œuvre un plan d’action d’urgence. En cas de non respect, il s’expose à des sanctions financières, voire à une résiliation de la convention temporaire d’occupation. Dans ce cas, «l’exploitant doit arrêter son activité et démonter ses installations», a précisé Antoine Berbain. Les personnes extérieures pourront aussi signaler des incidents à l’adresse drse@paris-ports.fr.

Contrôles inopinés et comités locaux

En plus des audits annuels pratiqués par Ports de Paris, des contrôles inopinés pourront aussi être menés sur les installations. Enfin, de nouveaux comités locaux -réunissant élus, riverains et associations- se tiendront une fois par an pour faire un point sur l’exploitation de chaque usine. 

La municipalité veut être associée

La mairie de Paris s’est félicitée de ces mesures qui vont «dans le bon sens : des règles plus strictes et des contrôles plus fréquents» et a rappelé qu’elle demandait depuis plusieurs années à Ports de Paris «d’être associée au choix des destinations de site, des opérateurs et des modalités du cahier des charges». Elle demande aussi à l’établissement de lancer une grande consultation «pour être pleinement associée à la gestion du fleuve».

De son côté, le cimentier Lafarge-Holcim, qui estime avoir été victime d’un acte de malveillance, a assuré avoir «mis en place un plan d’action très sévère afin que ce genre de problème ne se produise plus jamais». Un plan qui a été communiqué à Ports de Paris ainsi qu’aux services de l’Etat et de la mairie de Paris.

Jacques Lemoine, de la fédération interdépartementale pour la pêche et la protection du milieu aquatique, qui a donné l’alerte, n’est pas de cet avis. «Cela fait plusieurs années que des déversements d’eaux polluées sont opérés à l’usine Lafarge de Bercy, comme le montre la couche de ciment séché sur le quai», affirme-t-il. Une information ajoutée à l’enquête.



[1] Réalisé avec l’UNICEM Ile-de-France (syndicat régional de l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction) et le SNBPE IDF (Syndicat national du béton prêt à l’emploi)