7% des décès de Parisiens pourraient être attribués à la pollution de l'air

Le 20 janvier 2021 par Romain Loury
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Madrid, en première position pour le NO2
Madrid, en première position pour le NO2

Triste classement pour l’agglomération parisienne: sur un millier de villes européennes, elle se classe 4ème en termes de mortalité due au dioxyde d’azote (NO2), révèle une grande étude publiée mardi 19 janvier dans le Lancet Planetary Health. En tout, jusqu’à 7% des décès parisiens pourraient être imputés à ces émissions.

Que ce soit dans les études Global Burden Disease ou dans celles menées par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE, voir encadré et ici), l’impact sanitaire de la pollution de l’air est le plus souvent analysé au niveau national. Sans surprise, ce sont les pays d’Europe de l’est, où l’usage de charbon (pour la production électrique ou le chauffage) est plus fréquent, qui en sont les grands perdants.

En Europe, une pollution en baisse. Selon un bilan publié en novembre 2020 par l’AEE, portant sur 41 pays (contre 31 dans la présente étude), la réduction des émissions liées au trafic automobile et à l’industrie a des impacts manifestes sur la santé des populations. Entre 2009 et 2018, le nombre de décès liés aux PM2,5 a baissé de 13%, celui des décès liés au NO2 de 54%. A l’inverse, le nombre de décès liés à l’ozone est en hausse, de 20% entre les deux années, du fait des températures élevées survenues en 2018.

C’est un tableau différent, peut-être plus instructif, que dépeint l’équipe de Mark Nieuwenhuijsen, de l’Institut pour la santé globale (ISGlobal) de Barcelone. L’originalité de cette étude réside dans le fait que les chercheurs ont analysé l’impact sanitaire de la pollution de l’air non pas au niveau national, mais au niveau des villes, où se concentrent aussi bien les émissions de polluants que la population (72% des Européens habitent en ville).

Les PM2,5, jusqu’à 6% de surmortalité

Les chercheurs ont comparé les niveaux de pollution par les particules fines PM2,5 (d’une taille inférieure à 2,5 microns) et par le NO2 dans 1.016 villes de 31 pays européens, estimant l’impact en termes de décès évitables. Selon eux, le respect des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)[i] par l’ensemble de ces villes engendrerait une baisse annuelle de 51.213 décès pour les PM2,5, et de 900 décès pour le NO2.

Si l’ensemble des villes atteignaient le plus faible niveau de pollution (celui observé dans les villes les moins polluées de l’étude), ce serait même 124.729 décès qui pourraient être évités chaque année pour les PM2,5, et 79.435 décès pour le NO2. Soit respectivement 6% et 4% de la mortalité totale annuelle observée dans ces 1.016 villes.

Brescia et Madrid, tristes médailles d’or

L’étude établit par ailleurs un classement selon l’emprise de la pollution de l’air sur la santé des habitants. Pour cela, les chercheurs ont établi un score tenant compte aussi bien de la proportion de mortalité évitable que du nombre d’années de vie perdues –facteur qui tient aussi compte de l’âge de la population.

Pour les PM2,5, ce sont deux villes du nord de l’Italie qui arrivent en tête: Brescia (jusqu’à 15% de mortalité évitable) et Bergame (14%), suivies par la tchèque Karviná (12%). Les 10 premières places sont toutes occupées par des villes polonaises, tchèques ou italiennes.

Les résultats sont très différents pour le NO2, polluant plus étroitement lié au trafic automobile. Les grandes agglomérations arrivent alors en tête, notamment Madrid (1ère), Anvers (2ème), Turin (3ème), Paris (4ème), Milan (5ème), Barcelone (6ème) et Bruxelles (8ème).

A Paris, où le taux de NO2 atteint en moyenne 39,7 µg/m3 d’air, la mortalité totale pourrait être réduite de 0,5% si cette pollution était réduite au niveau recommandé par l’OMS, voire de 7% si elle atteignait le minimum observé à Tromsø (Norvège), de 3,5 µg/m3 d’air. Soit jusqu’à 2.575 décès de moins par an, ou 46 décès pour 100.000 habitants.

Le nord de l’Europe s’en sort le mieux

Pour le NO2 comme pour les particules fines, ce sont les villes du nord de l’Europe (pays scandinaves, Islande) qui s’en sortent le mieux. Si Tromsø présente le plus faible taux de NO2, Reykjavik, capitale islandaise, l’emporte quant aux PM2,5, avec un taux de seulement 3,3 µg/m3.

Selon Mark Nieuwenhuijsen, «il n’existe pas de seuil d’exposition sans risque, en-deçà duquel la pollution de l’air serait sans danger pour la santé. Nos résultats suggèrent que la législation européenne n’est pas assez efficace pour protéger la santé des populations. Les seuils maximaux autorisés par la loi devraient être révisés. Les collectivités locales doivent s’emparer de ces données pour mettre en place des politiques visant à améliorer la santé».



[i] L’OMS fixe des valeurs guides de 40 µg/m3 pour le NO2 et de 10 µg/m3 pour les PM2,5, en valeurs moyennes annuelles. Dans l’Union européenne, les seuils légaux sont fixés à 40 µg/m3 pour le NO2 (identique à l’OMS), mais à 25 µg/m3 pour les PM2,5.