Plan pollinisateurs: vers une extension de l’«arrêté abeilles»

Le 18 décembre 2020 par Romain Loury
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Le plan pollinisateurs publié en mars 2021
Le plan pollinisateurs publié en mars 2021
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Le plan pollinisateurs, présenté vendredi 18 décembre aux parties prenantes par le gouvernement, devrait prévoir une extension de l’interdiction d’épandage de pesticides en période de floraison, qui concernera l’ensemble des pesticides, et plus uniquement les insecticides, selon un projet dont le JDLE a eu copie.

Présenté vendredi aux associations et syndicats agricoles, ce plan devrait être soumis à consultation publique début 2021, avant une approbation officielle en mars. Il comporte quatre volets: primo, amélioration des connaissances; deuxio, mobilisation des leviers économiques d’accompagnement des agriculteurs et des apiculteurs; tertio, lutte contre les agresseurs de la ruche; quarto, protection contre l’épandage de  pesticides.

Dans cette dernière partie, le gouvernement prévoit un projet de modification de l’«arrêté abeilles» du 28 novembre 2003, qui fixe les conditions d’utilisation des insecticides et acaricides afin de réduire leur impact sur les pollinisateurs. Cette révision, mise en consultation dans les prochains jours, étendrait l’interdiction de traiter les cultures attractives pour les pollinisateurs (tournesol, colza, arbres fruitiers, etc.) en période de floraison à l’ensemble des pesticides, herbicides et fongicides inclus.

Utilisation nocturne pour les produits à mention «abeille»

Seuls les produits portant la mention «abeilles» pourront être utilisés lors de la floraison, mais de nuit -au minimum trois heures après le coucher du soleil. Seul hic, la mention «abeilles» n’existe à ce jour que pour les insecticides. Le plan propose de l’étendre aux herbicides et aux fongicides, sur décision de l’Anses[i], le gouvernement évoquant l’obtention du label soit à l’occasion d’un renouvellement d’autorisation de mise sur le marché (AMM), soit après dépôt de dossier sous délai de 18 mois.

Le plan prévoit cependant plusieurs dérogations à cette interdiction d’épandage diurne, notamment si les surfaces à traiter sont trop étendues, si le traitement doit s’opérer dans des situations dangereuses (par exemple les terrains en forte pente) ou s’il vise des ravageurs diurnes.

L’association Génération futures salue «cette avancée, certes insuffisante mais nécessaire», et appelle le gouvernement à tenir bon face à une FNSEA[ii] très remontée contre ce projet d’arrêté. Elle s’inquiète par ailleurs de la possibilité de dérogations

Les pollinisateurs sauvages négligés?

Contactée par le JDLE, l’association Pollinis, par la voix de sa porte-parole Julie Pêcheur, regrette «une focalisation de l’arrêté sur les abeilles domestiques». «La question de la pollinisation, c’est avant tout les pollinisateurs sauvages», à savoir les abeilles solitaires, les bourdons, les papillons et les mouches.

Si les abeilles domestiques sont souvent contraintes de butiner sur des zones de grandes cultures, tel n’est pas le cas des pollinisateurs sauvages, dont l’environnement est saturé de résidus de pesticides, arrêté abeilles ou pas. En particulier les abeilles solitaires, qui nichent dans des sols parfois fortement empreints de pesticides.

«On peut faire tous les plans qu’on veut, mais si on ne s’attaque pas à la question des AMM, cela ne sert pas à grand-chose. Il faudrait pour cela un plan de transition qui permettrait aux agriculteurs de se passer des pesticides», avec un accompagnement technique et financier, estime Julie Pêcheur. Pour Pollinis, «il est grand temps de mettre en place un modèle agricole durable, respectueux de la biodiversité, résilient face au changement climatique et bénéfique aux agriculteurs».



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles