Plan de relance : un (petit) pas de géant

Le 03 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le gouvernement doir courir plusieurs lièvres à la fois;
Le gouvernement doir courir plusieurs lièvres à la fois;
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Officiellement présenté, ce jeudi 3 septembre, le plan de relance français, très encadré par l’Europe, n’apporte guère de surprise. S’il replace la France sur une bonne trajectoire en matière d’investissements climatiques, il reste insuffisant en cas de relèvement de l’objectif communautaire.

 

Barbara Pompili n’y va pas par quatre chemins. «Le plan de relance est un pas de géant pour la transition écologique», martèle la ministre de la transition écologique. Et la locataire de l’Hôtel de Roquelaure de louer son «ambition, sa cohérence et sa solidité.» Du premier ministre, Jean Castex, au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, les membres du gouvernement s’accordent à qualifier «France Relance»[1] comme un accélérateur sur la voie de la neutralité carbone. «L’Institut de l’économie du carbone (I4CE) estime qu’il faut accroître de 15 à 18 milliards d’euros les investissements publics pour placer la France sur la voie de la neutralité carbone d’ici à 2050, nous y sommes», poursuit la ministre samarienne. Qu’en est-il vraiment ? 

31,2 milliards pour l'écologie

Certes, les montants avancés par Bruno Le Maire, qui pilotera l’exécution de ce budget au cours des deux prochaines années, sont conséquents. Selon les chiffres livrés par les services du premier ministre, pas moins de 31,2 milliards sont fléchés vers l’écologie pour ces deux prochaines années. Et ce n’est pas tout ! On peut y ajouter les crédits issus du dernier programme d’investissements d’avenir (PIA4) alloués à la recherche sur le nucléaire[2], à la modernisation des techniques agricoles et à des démonstrateurs de villes durables. Voilà pour l’ambition.

Faut-il s’étonner que la France consacre ainsi le tiers de son plan de relance à la transition écologique? Pas vraiment. En fait, Paris n’avait pas vraiment le choix. France Relance sera financé à 40% par le plan de soutien européen, adopté le 21 juillet dernier. Or, l’une des clauses d’acceptation des plans nationaux par Bruxelles est qu’au moins 30% du montant des investissements prévus contribuent à l’allègement du bilan carbone national. Nous y sommes.

31 actions

Mais qu’en est-il de cette cohérence vantée par Barbara Pompili? Le chapitre écologie du programme français comporte 31 actions, allant de la rénovation énergétique des bâtiments, à la reconquête des friches industrielles, en passant par la décarbonation de l’industrie, la modernisation des écluses fluviales, le développement de l’hydrogène vert et les «nouveaux produits climat de BPI France».

Ca part un peu dans tous les sens. Ce qui n’est guère surprenant. De l’aveu même du premier ministre, l’écologie n’est que l’un des priorités de France Relance. Le plan tricolore doit tout à la fois relancer la machine économique, créer ou consolider 400.000 emplois[3], susciter de l’activité dans les territoires «qui se sentent délaissés.»

Ca fait cher la tonne économisée. La France va consacrer 31,2 milliards à l’allègement de son empreinte carbone. Bien, mais pour que résultat ? Le gouvernement estime que la mise en œuvre rapide des mesures présentées, ce jeudi 4 septembre, permettra de réduire de 57 millions les émissions annuelles de CO2 (sur 450 Mt). Il faudra investir près de 580 € pour éviter de rejeter une tonne de gaz carbonique. Les libéraux ne trouvent pas cela exorbitant. Curieux.

A courir trop de lièvres, l’administration Castex ne risque-t-elle pas de se perdre en route ? Car, ne nous leurrons pas, la lutte contre le réchauffement a parfois bon dos. Environ 4,7 milliards sont officiellement dédiés au développement du ferroviaire. Bien, dans l’absolu. Mais dans ce lot, 1,8 milliard compensera les pertes de recettes que la SNCF a subi pendant le confinement.

UN poste ridicule

Certains postes sont proprement ridicules: 100 millions par an (sur deux ans) seulement seront consacrés à la rénovation énergétique des bâtiments tertiaire du secteur privé. La transition agricole se voit créditée d’un bon milliard d’euros. Pas mal. Mais cet manne servira essentiellement à compenser des coûts de labellisation HVE, à subventionner l’achat d’équipements ou à moderniser les abattoirs. Or, pour diminuer sa lourde empreinte carbone (90 Mt/an de GES) l’agriculture, troisième émetteur national, doit avant tout diminuer drastiquement son usage d’intrants azotés. Ce qui prévoit la stratégie nationale bas carbone (SNBC), mais pas le plan Castex. On ne peut pas tout faire.

peu pour les transports du quotidien

Intéressons-nous allons au premier secteur émetteur : les transports. Certes, l’Etat devrait pérenniser les soutiens à l’acquisition de voitures électriques et hybrides rechargeables (1,9 Md€/2 ans). Cela réduira-t-il fortement et durablement les consommations de carburants pétroliers ? A voir. En tout cas, il ne faudra pas miser sur le développement des transports collectifs. Ces derniers ne bénéficieront, au niveau national, que de 1,2 milliard. C’est moins de la moitié des pertes subies par les seuls réseaux franciliens durant la période de confinement.

Quatrième plus gros émetteur français, l’industrie manufacturière n’a pas été oubliée. L’automobile et l’aéronautique ont été massivement aidées, non sans quelques contreparties environnementales. Le gouvernement ayant décidé de soutenir le(s) groupe(s) spécialisé(s) dans la gestion des déchets: l’économie circulaire (comprendre la collecte et les centres de tri et de recyclage) se verra gratifier d’un budget conséquent.

Toujours plus sur l'hydrogène

Sujet phare de la décarbonation, la production d’hydrogène «vert» est à l’honneur. Les industriels spécialisés dans l’électrolyse de l’eau, le stockage d’hydrogène ou la production de pile à combustible se partageront 2 milliards d’euros[4]. Ce qui est 20 fois supérieur au montant du plan Hydrogène que Nicolas Hulot avait dévoilé en 2018. Il y a du mieux. Et pour longtemps. La semaine prochaine, Bruno Le Maire et Barbara Pompili dévoileront une nouvelle tranche de 5 milliards pour l’hydrogène tricolore. Le JDLE reviendra sur ces précieuses molécules.

Dernier pilier du programme: sa solidité. Beaucoup d’experts saluent les annonces gouvernementales. Mais certains s’interrogent sur sa pérennité. «La transition environnementale ne sera pas résolue en deux ans. La question est de savoir comment la France va financer sa transition au-delà de 2020», remarque Xavier Timbeau, directeur de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Bonne question, d’autant que les objectifs communautaires de baisse d’émission de GES devraient prochainement être revus à la hausse[5]. Cela impliquera inévitablement de relever le niveau d’investissements climatiques. Or, rappelle une récente étude du commissariat général au développement durable, plus on investit tôt, moins élevé est le coût total de l’action carbone. Un algorithme qui n’a pas encore été installé dans le logiciel gouvernemental.

 

  Transport Résidentiel/
tertiaire
Agriculture Industrie Energie Déchets
Parts des émissions de GES 30 % 20 % 19 % 17 % 12 % 3 %
Parts des allocations du plan de relance 27 % 21 % 3 % 3 % 7 % 1,6 %

 

             
           
             


[1] Le petit nom dudit plan.

[2] Après avoir abandonné les recherches sur la surgénération, la France s’intéresse désormais aux petits réacteurs nucléaires modulables.

[3] Soit la moitié des emplois qui devraient être détruits par la crise sanitaire.

[4] Le plan hydrogène allemand prévoit de consacrer 9 milliards sur 10 ans.

[5] Actuellement, les 27 doivent réduire leurs émissions de GES de 40 % entre 1990 et 2030. L’Europe devrait prochainement imposer de baisser de moitié ces émissions voire de 55 %.