Pétrole: la Norvège fait pire que Trump

Le 27 août 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le train de liquéfaction d'Hammerfest, en mer de Barents norvégienne.
Le train de liquéfaction d'Hammerfest, en mer de Barents norvégienne.
Equinor

Discrètement, le royaume scandinave développe l’exploitation pétrolière en zone arctique.

La réprobation a été quasi unanime après que le président Trump a autorisé, le 17 août, l’ouverture à l’exploitation pétrolière du refuge national arctique. Il y a de quoi. Créée en 1960, cette zone naturelle protégée couvre 80.000 km2 de toundra sauvage, au nord de l’Alaska. Voilà des décennies que les compagnies pétrolières et gazières lorgnent cette région, dont le sous-sol est réputé riche en hydrocarbures.

George W. Bush avait tenté d’autoriser les forages dans la zone, sans succès. Au nom de l’indépendance énergétique, Donald Trump relance un projet … qui n’est pas prêt de se concrétiser. Aucun bloc n’a été mis aux enchères. En outre, de nombreuses compagnies pétrolières occidentales, comme la Shell, se sont retirées des zones arctiques, jugées trop risquées et soumises à la critique croissante des investisseurs.

une rentabilité incertaine

De plus, l’exploitation d’huile et de gaz est complexe et donc chère au-delà du cercle polaire. La rentabilité économique de tels forages semble hors de portée en période de bas prix du pétrole. Le dramatique naufrage de l’Exxon Valdez, en mars 1989, a démontré combien le nettoyage d’une marée noire en zone polaire était une mission difficile.

Cela n’empêche pas la Norvège de vouloir développer l’exploitation de l’or noir en mer de Barents. Le 26 août, le royaume norvégien a clôturé la 25e mise aux enchères de blocs offshore dans cette partie de l'Océan Arctique. «Les derniers mois ont été extrêmement difficiles, pour les compagnies pétrolières et l'industrie des fournisseurs. Il est important de ne pas perdre de vue les opportunités à plus long terme dans une situation de crise. Nous avons besoin de nouvelles découvertes pour maintenir l'emploi et la création de valeur à l'avenir», a justifié Tina Bru, la ministre du pétrole et de l'énergie.

le tiers des réserves

Voilà, en fait, des années qu’Oslo veut accroître ses productions de brut et de gaz dans cette zone. Selon le bureau norvégien du pétrole (NPD), 37% des réserves norvégiennes d’hydrocarbures se trouvent dans le sous-sol de cette région marine. Soit l’équivalent de 3 milliards de m3 de pétrole. Une centaine de puits sont déjà en production. En 2019, une soixantaine de forages d’exploration ont été réalisés. Pour la Norvège, l’urgence n’est pas climatique, mais pétrolière.

Au rythme actuel de production et de découvertes de nouveaux gisements, le premier producteur d’hydrocarbures d’Europe occidentale pourrait connaître son peak oil dès 2024. Raison pour laquelle, le plan de relance de l’économie locale, voté en juin dernier par la majorité parlementaire conservatrice, consacre près de 4 milliards d’euros à soutenir l’industrie pétrolière. Une décision soutenue par l’opposition travailliste, au prétexte que les compagnies pétrolières créent des emplois et seront les chevilles ouvrières de la … transition énergétique.

La France peut-elle contribuer à ralentir cette dérive climatique? Peut-être. La gestion de la zone ouverte aux appétits des compagnies pétrolières est, a priori, encadrée par le traité du Svalbard, dont la France est l’une des parties. Signé en 1920, cet accord octroie à la Norvège la souveraineté de l’archipel du Spitzberg et de la zone économique exclusive tout en garantissant aux pays-signataires un libre accès et une faible taxation des ressources exploitées dans cette zone. Le gouvernement français pourrait enjoindre à Total de ne pas tenter sa chance en mer de Barents norvégienne. La Major française est déjà l’un des principaux actionnaires du projet Yamal GNL, situé en mer de Kara russe.