Pesticides interdits dans l’UE: plus de 80.000 tonnes vendues en 2018

Le 10 septembre 2020 par Romain Loury
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L'Afrique parmi les destinataires de pesticides interdits dans l'UE
L'Afrique parmi les destinataires de pesticides interdits dans l'UE

L’Union européenne a exporté plus de 81.615 tonnes de pesticides interdits sur son sol à destination de pays tiers en 2018, révèle l’ONG suisse Public Eye dans une enquête publiée jeudi 10 septembre. Le signe, selon elle, d’une «hypocrisie toxique» de l’UE.

En tête des ventes, le paraquat, avec 28.000 tonnes écoulées à l’étranger en 2018. Interdit depuis 2007 dans l’UE, cet insecticide, accusé de provoquer la maladie de Parkinson, continue à être fabriqué en France et au Royaume-Uni par le géant suisse Syngenta, qui le vend pour moitié aux Etats-Unis, ainsi qu’au Brésil, au Mexique, à l’Inde, à la Colombie, à l’Indonésie, à l’Equateur et à l’Afrique du Sud.

Pour avoir accès à ces données, passées sous silence par l’industrie, Public Eye, épaulée par Unearthed et Greenpeace UK, a fait une demande d’accès aux ‘notifications d’exportation’ auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et des autorités nationales de l’UE. Son enquête est la première à révéler l’ampleur du phénomène, vivement dénoncé par les adversaires des pesticides.

La France en 5ème position

En tout, 81.615 tonnes de 41 pesticides interdits dans l’UE ont été vendues en 2018 à des pays tiers. Le premier producteur s’avère le Royaume-Uni (32.187 tonnes), suivi par l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France. Celle-ci a en effet produit 7.663 tonnes de pesticides exportés en 2018. Quant aux importateurs, Public Eye recense 85 pays, Etats-Unis, Brésil, Japon et Ukraine en tête, suivis d’une grande majorité de pays en développement.

«Ironie de l’histoire, les principaux pays qui nourrissent l’UE en produits agricoles importés (les Etats-Unis, le Brésil et l’Ukraine) font partie des destinations privilégiées des exportations de pesticides interdits depuis l’UE. Ces substances indésirables se retrouvent ensuite bien souvent dans l’assiette des consommateurs européens sous forme de résidus», explique l’UE.

En France, la loi Egalim, promulguée en octobre 2018, prévoit l’arrêt en 2022 de «la production, du stockage et de la vente de produits phytopharmaceutiques» interdits dans l’UE et destinés aux pays tiers. Fin janvier, le Conseil constitutionnel a donné raison à l’Etat contre l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), qui avait attaqué cette mesure au nom de l’emploi et de la liberté d’entreprendre.