Le réchauffement favorise la malnutrition des enfants des pays pauvres

Le 15 janvier 2021 par Romain Loury
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En Afrique, l'agriculture sous menace climatique
En Afrique, l'agriculture sous menace climatique
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Le réchauffement devrait diminuer la diversité de l’alimentation des enfants, favorisant la malnutrition, selon une étude menée dans 19 pays en développement et publiée dans Environmental Research Letters.

Au cours des dernières décennies, le nombre de personnes mal nourries à travers le monde n’a cessé de diminuer, en grande partie grâce à l’aide internationale. Le problème est pourtant loin d’être réglé: après des décennies de baisse, le nombre de personnes mal nourries est reparti à la hausse en 2015. Près de 690 millions de personnes ont connu la faim en 2019 (8,9% de la population mondiale), soit 60 millions de plus que cinq  ans auparavant, selon des données de la FAO[i].

Chez les enfants, l’Unicef estime que près de 200 millions des moins de 5 ans présentaient en 2018 un retard de croissance ou une émaciation du fait de la faim, et que 340 millions souffraient de la faim. La situation pourrait s’aggraver avec le réchauffement, qui touche la santé nutritionnelle de plusieurs façons: baisse des rendements agricoles, moindre qualité nutritionnelle des aliments, effets négatifs sur la croissance fœtale.

Température en hausse, régime plus pauvre

Dans son étude, la première menée sur la diversité des régimes alimentaires à l’échelle mondiale, l’équipe de Taylor Ricketts, de l’Institut Gund pour l’environnement (université du Vermont, Burlington), démontre les effets du réchauffement sur la malnutrition.

Menée sur les données de consommation de 107.000 enfants vivant dans 19 pays en développement (Amérique latine, Asie, Afrique), les chercheurs montrent que la hausse graduelle de température, liée au réchauffement, a des effets très nets sur la diversité du régime alimentaire, mesurée par le nombre de groupes d’aliments consommés au cours d’une journée moyenne.

L’effet dominant des conditions climatiques

Plus inquiétant, ces effets climatiques sur la qualité de l’alimentation sont plus marqués que tous les autres facteurs analysés: distance de l’habitat par rapport à un centre urbain, niveau de formation du chef de famille, accès à l’eau propre et à des toilettes. Seul le niveau de ressources financières du foyer constitue un meilleur facteur prédictif de la diversité alimentaire que les conditions climatiques.

«Le réchauffement climatique peut réduire à néant tous les bénéfices apportés par les programmes internationaux de développement. La dégradation continue de l’environnement pourrait annihiler tous les impressionnants progrès sanitaires des 50 dernières années», commente Taylor Ricketts.

A l’inverse de la hausse thermique, les chercheurs montrent que des précipitations plus abondantes ont quant à elles un effet positif sur la diversité du régime alimentaire. Une amélioration nutritionnelle pourrait donc, a priori, survenir dans les quelques régions où le réchauffement accroîtra les pluies. Bémol de taille, cette hausse des précipitations devrait surtout se concrétiser sous forme de pluies violentes et d’inondations. Au risque de ruiner les récoltes, et donc de compromettre la sécurité alimentaire.



[i] FAO: Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation. Unicef: Fonds des Nations unies pour l’enfance