Océan Austral : la création de sanctuaires tombe à nouveau à l’eau

Le 04 novembre 2020 par Stéphanie Senet
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Le krill disparaît mais est de plus en plus pêché
Le krill disparaît mais est de plus en plus pêché
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La 39e réunion annuelle de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) s’est soldée, une fois encore, par un échec. Aucune nouvelle aire marine protégée n’a été créée dans l’océan Austral.

 

Pour la neuvième année consécutive, les 26 membres[1] de la CCAMLR ont échoué à créer une aire marine protégée dans l’est de l’Antarctique. Un projet initialement porté par la France et l’Australie, essentiel pour protéger des milliers d’espèces marines alors que le continent s’y est réchauffé plus vite qu’ailleurs au cours des dernières années.

«Les négociations ont été rendues encore plus difficiles que les années précédentes. Le temps d’échange a été réduit à quatre heures par jour et se faisait bien sûr par vidéoconférence», raconte Cassandra Brooks, chercheuse en sciences environnementales à l’université du Colorado.

Krill en danger

Alors que les populations de krill diminuent, leur pêche augmente autour de la péninsule, notamment à l’initiative de la Chine et de la Russie, opposés à la création d’une AMP. Le krill sert pourtant de nourriture à de nombreuses espèces, dont les baleines et les manchots.

La CCAMLR a aussi rejeté la création de sanctuaires marins dans la mer de Weddell et autour de la côte nord-ouest du continent, toujours à cause de l’opposition sino-russe. «Ces Etats pêchent déjà largement dans l’ouest de l’Antarctique, où environ 4.000 tonnes de krill sont prélevées chaque année. La Chine s’est aussi mise à pêcher depuis quelques années dans l’est et elle compte augmenter les prises», affirme Cassandra Brooks.

Le réchauffement attendra

La chercheuse estime que la CCAMLR a échoué sur d’autres sujets aussi majeurs. «Il n’y a pas non plus eu d’accord sur des mesures simples mais fondamentales comme la tenue de réunions annuelles pour mesurer les effets du réchauffement ou l’intégration du changement climatique dans le système de gestion des pêcheries», explique-t-elle.

Par ailleurs, l’adoption d’une mesure nécessitant un vote à l’unanimité, l’inscription du navire The Palmer, battant pavillon russe, sur la liste des bateaux pratiquant la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, n’a pas été finalisée. A cause de l’opposition de la Russie et malgré les preuves apportées par le gouvernement néo-zélandais qu’il pêchait illégalement dans le sanctuaire de la mer de Ross.

Seule note positive : l’Australie et l’Uruguay co-parrainent désormais activement l’AMP de la mer de Weddell. Et la Norvège et l’Uruguay celle de l’Antarctique oriental.



[1] 25 Etats et l’Union européenne