Normes d’émissions : les constructeurs parient sur les crédits

Le 02 octobre 2020 par Victor Miget
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En moyenne, les constructeurs automobiles sont encore à environ 7 g / km du niveau cible de 2020 pour atteindre l'objectif des 95gCO2/km..
En moyenne, les constructeurs automobiles sont encore à environ 7 g / km du niveau cible de 2020 pour atteindre l'objectif des 95gCO2/km..

Les constructeurs automobiles n’ont plus que 4 mois pour respecter les normes d’émissions de CO2 européennes. Certains misent sur les quotas pour minorer les risques de sanctions financières.

 

Ce n’est plus un scoop : les constructeurs automobiles doivent réduire les émissions moyennes des véhicules neufs à 95g/CO2 par km, sous peine de lourdes amendes. Autre non-événement : la plupart des industriels sont encore loin du compte.

Si proche et si loin

D’après une étude de l’ONG International Council on Clean Transportation (ICCT), publiée mercredi 30 septembre, le niveau d'émissions de la plupart des fabricants est encore 7 g/km au-dessus du niveau cible de 2020. Avec 92g/CO2 par km, en moyenne, pour sa gamme de voitures neuves, PSA fait figure de premier de la classe. Renault n’est pas loin : 95g. Si le deux Français peuvent souffler, le géant allemand Daimler a un embonpoint carboné de 15 grammes sur son objectif.

Bilan vert pâle. D’après les travaux des chercheurs du Fraunhofer Institute et de l’ONG ICCT, la consommation réelle des véhicules hybrides serait de deux à quatre fois supérieure à celle indiquée dans les certificats d’homologation. En cause : des trajet réalisés à 63%  avec le moteur thermique, une faible autonomie des batteries en conditions réelles. Un point positif : les hybrides rechargeables émet  de 15 à 55% de CO2 en moins qu’un véhicule à moteur thermique de puissance comparable.

En 2021, l'Union Européenne infligera des amendes aux constructeurs qui auront dépassé le seuil moyen de 95 g/km. Soit 95 € par gramme de dépassement à multiplier par le nombre de voitures sur le territoire de l'Union entre le 1er janvier et le 31 décembre 2020. Leur montant pourrait se chiffrer en milliard d’euros.

Autant dire qu’il va falloir vendre du véhicule bas carbone pour échapper aux sanctions. Et en période de crise sanitaire, le marché est plutôt morose. Les nouvelles immatriculations de voitures ont encore chuté en août, passant de 1,3 million en juillet à 0,9 million en août 2020. Avec des usines tournant au ralenti, la sortie de nombreux modèles électriques a été retardée. Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne est restée sourde aux demandes de report des objectifs par la filière automobile.

Solution de secours

Reste les crédits d’émission. En vendant des voitures électriques ou des voitures hybrides, les constructeurs automobiles génèrent des crédits qui peuvent être utilisés pour satisfaire aux exigences de conformité carbone. Et rien n’interdit aux industriels vertueux disposant d’un surplus, de vendre ces crédits à des concurrents trop carbonés. Plusieurs constructeurs ont créé des «pool d’émissions», pour associer leur production à celle d’un autre.

Le sino-suédois Volvo Cars (2g au-dessus) propose de vendre des crédits à des concurrents encore à la traîne. «Nous sommes dans une bonne position. Nous ne paierons certainement pas d'amendes. Nous pouvons réellement soutenir nos concurrents s'ils le souhaitent», a déclaré au Financial Times Carla de Geyseleer, directrice financière de Volvo Cars. Fiat Chrysler (12g au-dessus) a déjà franchi le pas en 2019, en achetant à Tesla pour 1,8 milliard d'euros de crédits CO2 sur 3 ans. Sa fusion annoncée avec PSA pourrait encore conforter sa situation.

Le géant allemand Volkswagen (11g au-dessus) a signé un chèque au Chinois SAIC (MG en Europe) pour ses crédits CO2 sur la période 2020-2022. Le montant de la transaction n’a pas été révélé.

Cela suffira-t-il ? Pas certain. Raison pour laquelle, indique Les Echos, constructeurs et importateurs pourraient se livrer à une guerre des prix sur les véhicules électriques et hybrides à la fin de l’année. Le dernier des moyens pour accroître la part de voitures bas carbone dans le parc qui servira à la Commission à calculer les performances de chaque industriel.