Moins de diabète chez les adeptes du bio

Le 12 novembre 2020 par Romain Loury
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Le bio également lié à un moindre risque de cancer et d'obésité
Le bio également lié à un moindre risque de cancer et d'obésité

Une alimentation bio est liée à une baisse de 35% du risque de diabète, révèle une analyse de l’étude française NutriNet-Santé, publiée lundi 9 novembre. Ce phénomène pourrait être lié à une moindre présence de résidus de pesticides dans les aliments bio, ou à leur meilleure qualité nutritionnelle.

Meilleure pour l’environnement, l’alimentation bio l’est aussi pour la santé. En 2017, une analyse de l’étude épidémiologique française NutriNet-Santé avait révélé de moindres taux d’obésité et de surpoids chez les personnes consommant bio. Rebelote en 2018, avec de nouveaux résultats sur le cancer: le risque y était diminué de 25% chez les gros consommateurs, voire de 34% pour les cancers du sein et de 76% pour les lymphomes.

Publiée dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, une nouvelle analyse de NutriNet-Santé, portant sur plus de 33.000 personnes, suggère que le bio pourrait aussi avoir un effet préventif sur le diabète de type 2. A l’inverse du diabète de type 1, qui survient principalement chez les personnes jeunes, celui de type 2 (dit «sucré», ou «non insulinodépendant»), forme la plus fréquente, est principalement lié à l’âge et à l’alimentation.

5% de bio en plus, 3% de diabète en moins

Menée par Emmanuelle Kesse-Guyot, de l’Equipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN, Paris)[i], et ses collègues, l’étude révèle une baisse de 35% du risque de diabète chez les 20% de personnes consommant le plus de bio par rapport aux 20% y recourant le moins.

Toute hausse de 5% de la part d’aliments bio dans le régime alimentaire se traduit ainsi par une baisse de 3% du risque de diabète. Cette association est observée chez les personnes consommant beaucoup de produits végétaux, plus chargés en résidus de pesticides.

Si le fait de manger bio est associé à un style de vie plus sain, notamment en termes d’activité physique et d’équilibre nutritionnel, les chercheurs ont pris toutes les précautions afin d’écarter ces biais de confusion. Fortement suggérée par l’étude, la possibilité d’un lien de causalité ne peut toutefois être prouvée en l’état.

Un effet direct ou indirect?

Les chercheurs évoquent cependant plusieurs pistes explicatives. Parmi elles, les résidus de pesticides eux-mêmes: plusieurs d’entre eux (organochlorés, organophosphorés, néonicotinoïdes et pyréthrinoïdes) pourraient favoriser le diabète de type 2, pour certains via une activité de perturbateur endocrinien.

Autre possibilité, les fruits et légumes issus de l’agriculture bio sont plus riches en anti-oxydants que leurs cousins cultivés en conventionnel. Or les anti-oxydants ont un effet protecteur contre le diabète.

Par ailleurs, l’association entre alimentation bio et baisse du risque diabétique n’était observée que chez les femmes, n’atteignant pas la significativité statistique chez les hommes. Outre un plus faible nombre de cas masculins (120 sur les 293 nouveaux cas de diabète survenus pendant les 4 ans de l’étude) qui pourrait fausser les résultats, les chercheurs n’excluent pas des différences sexuelles de réaction aux pesticides, peut-être en termes de détoxification de l’organisme, phénomène observé lors d’études précédentes.



[i] L’EREN est une unité mixte de recherche placée sous l’égide de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et de l’université Sorbonne Paris Nord (Paris XIII).