L'Europe protège mal ses milieux marins

Le 26 novembre 2020 par Stéphanie Senet
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En mer, surpêche et mauvaise gestion des aires protégées
En mer, surpêche et mauvaise gestion des aires protégées

L’Union européenne n’assure qu’une protection «superficielle» des milieux marins, dénonce la Cour européenne des comptes dans un rapport publié ce 26 novembre. Par ailleurs, le FEAMP est sous-utilisé pour financer des mesures de conservation.

La politique de protection du milieu marin et la politique commune de la pêche (PCP) sont-elles efficaces pour réduire la pression sur la biodiversité et les habitats marins ? Sans hésiter, la Cour des comptes a répondu non. Le bon état écologique des mers, initialement visé en 2020, est très loin d’être rétabli. «Le réseau des zones marines protégées n’est pas représentatif de la diversité des mers et n’offre parfois qu’une maigre protection», écrivent les auditeurs. On compte plus de 3.000 ZMP fin 2019. Le rapport ajoute que les listes d’espèces et d’habitats menacés ont été créées il y a plus de 25 ans « sur la base de connaissance aujourd’hui obsolètes ». Pourtant, Bruxelles s’affiche comme leader de la protection de la biodiversité marine, avec un objectif de 30% de ses mers en 2030, dont 10% en protection forte, selon sa stratégie pour la biodiversité présentée en avril.

Une surpêche critique en Méditerranée

De son côté, la pêche est loin d’être revenue à des niveaux durables. Si des progrès ont été réalisés dans l’Atlantique, pour la majorité des stocks, une grande partie reste surpêchée. La situation est encore plus mauvaise en Méditerranée, qui n’est visée par aucune limite de captures mais seulement une réduction de l’effort de pêche. Résultat : seuls 6% des stocks évalués sont capturés dans le respect du RMD[1] en 2020 selon l’Agence européenne de l’environnement.

Des financements disponibles

Moins connue, la sous-utilisation des fonds européens destinés à la conservation marine est aussi pointée du doigt. Les Etats de l’UE n’ont utilisé que 6%[2] du Fonds européen pour les activités maritimes et la pêche (Feamp) pour financer des mesures de conservation marine[3], dont 0,2% pour limiter les impacts de la pêche sur les milieux marins. La Cour s’est basée sur les fonds utilisés par 4 grands pays pêcheurs : la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Le Feamp affiche pourtant plus de 6 milliards d’euros pour la période 2014-2020.

En conclusion, la Cour recommande d’inventorier, d’ici à 2022, toutes les modifications réglementaires et administratives nécessaires à une meilleure protection des milieux marins, et de renforcer la protection de la Méditerranée au plus tard en 2023. Sans oublier, pour les Etats membres, d’utiliser les fonds disponibles dans le cadre du Feamp. A noter que le prochain Fonds 2021-2017, en cours de négociation en trilogue, prévoit des soutiens à la première acquisition de navires de pêche qui risquent d’accroître davantage la surpêche.

Agir dès aujourd’hui

En attendant de nouvelles règlementations, les pays de l’UE peuvent déjà faire mieux. Anna Heslop de l’ONG ClientEarth leur rappelle qu’ils doivent «mettre fin à la surpêche à tous les niveaux», un objectif fixé par la PCP au plus tard en 2020, et «améliorer la protection des aires marines par des plans de gestion ambitieux qui restreignent les engins les plus destructeurs», comme les chaluts.



[1] Rendement maximum durable

[2] En complément, 8% du FEAMP a été utilisé pour des mesures ayant des effets indirects sur la conservation

[3] Selon une estimation de la Cour basée sur 4 Etats membres : Espagne, Portugal,