Mieux évaluer l’empreinte environnementale des aliments

Le 29 septembre 2020 par Stéphanie Senet
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L'empreinte poids plume du pois cassé cuit
L'empreinte poids plume du pois cassé cuit

Accessible gratuitement à partir de ce 29 septembre, la troisième version de la base de données Agribalyse évalue l’impact environnemental de 2.500 produits alimentaires et 200 produits agricoles. Une source d’informations précieuse pour aider les professionnels à améliorer leurs pratiques et déployer enfin l’affichage environnemental sur les produits.

Après dix années de recherches, la nouvelle base de données Agribalyse 3.0 intéressera tous les professionnels de l’agriculture, de la transformation, de la distribution et de l’alimentation, soucieux de connaître l’impact de leurs produits sur l’environnement. Développé par l’Ademe, en collaboration avec l’Inrae, l’outil évalue 2.500 produits alimentaires en fonction de 14 indicateurs définis au niveau européen (cf encadré). Il en ressort un résultat global dit «score PEF» (Product Environmental Footprint).

Une référence au niveau national

«C’est un socle de connaissances qui doivent faire référence au niveau national. C’est aussi un outil transparent, puisque les données sont disponibles gratuitement en open data, et un outil évolutif puisqu’une réactualisation sera prévue tous les 18 mois», explique Vincent Colomb, ingénieur agronome à l’Ademe et coordinateur d’Agribalyse.  

Entrées multiples

Parmi ses atouts, cette base de données environnementale peut être couplée avec le bilan nutritionnel du tableau Ciqual développé par l’Anses puisqu’elle s’appuie sur les mêmes 2.500 produits alimentaires. Elle propose aussi, pour chaque produit, le détail de l’impact par étapes du cycle de vie (agriculture, transformation, emballage, transport, supermarché et distribution et consommation). Ainsi l’impact du pois cassé cuit provient à 50% de sa production agricole, à 16,6% de  l’emballage, à 16,6% du transport et à 16,6% de la consommation.

Il est aussi possible de comparer les impacts en fonction du système agricole, qu’il soit conventionnel, bio ou label rouge. «Derrière la base de données simplifiée, disponible sur le site web, il existe une base de données complète où l’on peut faire varier les hypothèses de fabrication de chaque produit», affirme Vincent Colomb. Une fonctionnalité intéressante pour toute entreprise voulant évaluer l’impact de ses transformations en quelques clics. Le bilan carbone de chaque produit dispose enfin d’une entrée spécifique. Le pois cassé émet ainsi 300 grammes éq. CO2 par kilogramme. «C’est une étape importante dans la transition agro-écologique, qui ne peut pas se réaliser sans la transition alimentaire», estime Philippe Mauguin, patron de l’Inrae.

Fiabilité variable

Du côté des points noirs, «certains indicateurs sont plus fiables que d’autres. C’est le cas des indicateurs visant les ressources énergétiques, par rapport à l’écotoxicité des écosystèmes», reconnaît Vincent Colomb. Un indice de fiabilité (DQR) accompagne donc chaque résultat final. Plus il s’approche de 1 et plus le score est fiable. Dans le cas du pois cassé cuit, il n’est que de 3,29 pour une empreinte globale -très faible- de 0,06.

Critères à suivre

Autre bémol: certains impacts ne sont pas encore pris en compte, comme l’usage des pesticides et l’impact sur la biodiversité. «Pour les pesticides, des travaux sont en cours dans le cadre du projet OLCA-Pest. Un indicateur sera également bientôt disponible pour mesurer le potentiel de stockage de carbone lié à chaque produit», complète Chantal Gascuel, directrice de recherche à l’Inrae. Autre impasse : l’impact du transport s’arrête au distributeur et non au consommateur final.

Dernière inconnue, cette multitude de données ne seront vraiment utiles que si elles sont utilisées. «C’est l’épine dorsale de l’affichage environnemental qui va être expérimenté pendant 18 mois dans le cadre de la loi Agec[1]», espère Arnaud Leroy, président de l’Ademe. Lancé le 10 septembre, l’appel à candidatures est ouvert jusqu’en mars prochain.

 

Les 14 indicateurs du modèle européen PEF sont l’impact sur le changement climatique, l’appauvrissement de la couche d’ozone, les rayonnements ionisants, la formation photochimique d’ozone, les particules, l’acidification des terres et des eaux douces, l’eutrophisation terrestre, des eaux douces et des mers, l’utilisation du sol, l’écotoxicité pour les écosystèmes aquatiques d’eau douce, l’épuisement des ressources en eau, des ressources énergétiques et en minéraux.


[1] Agir contre le gaspillage et pour l’économie circulaire