Michel Mousel : une certaine idée de l’homme et de l’environnement

Le 01 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Michel Mousel, 1940-2020.
Michel Mousel, 1940-2020.
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Syndicaliste, militant, haut fonctionnaire, Michel Mousel a consacré sa vie politique et professionnelle à conjuguer socialisme et écologie. Pionnier de la lutte contre le changement climatique, il a introduit en France les principes du développement durable. Il est mort, la semaine passée, à l’âge de 80 ans.

Il meurt alors que ses idées triomphent. Sa vie durant, Michel Mousel n’a cessé de forger et de porter les idéaux d’un nouvel humanisme. Formé à l’école de ses parents, enseignants, syndicalistes et distillateurs des principes de Vatican II, le jeune étudiant gonfle naturellement les rangs de la Jeunesse étudiante chrétienne (JOC).

Dans cette JOC, dont les dirigeants créeront les Villages Vacances, Télérama ou Témoignage Chrétien, il découvre le militantisme anticolonial, en pleine guerre d’Algérie. Cette ouverture le mène vers la politique. Le lycéen de l’ouest parisien s’inscrit à l’Unef. S’opposant aux courants marxistes, il est élu président du premier syndicat étudiant, en 1964. Son mot d’ordre: «permettre à tous les étudiants de prendre en charge par eux-mêmes et collectivement leurs problèmes.» Comme un parfum d’autogestion.

Etudiant, syndicaliste, militant

Ce parfum, Michel Mousel l’a humé dans son autre chapelle. Syndicaliste et étudiant (IEP Paris, ENA) le jour, il milite la nuit au Parti Socialiste Unifié (PSU). Dirigé par un haut fonctionnaire du ministère des finances, Michel Ricard, cet électron libre de la gauche prône des idées nouvelles : un socialisme radical et démocratique, l’autogestion, mais aussi l’écologie.

A sa sortie de l’ENA, en 1967, le jeune haut fonctionnaire s’intéresse à un sujet qui n’a pas fini de passionner : la dégradation des transports publics franciliens. «Il y eut à cette époque pour la première fois depuis la guerre un véritable effort en faveur des transports collectifs ; et ce fut une proposition du PSU qui s’appliqua pour le renouveau de la tarification, la carte unique payée par les employeurs, qui inaugura la participation patronale aux frais de transports sur tous les réseaux d’Île-de-France», résume le technocrate de la direction du plan du ministère des finances.

Nouvelle gauche

Deux ans plus tard, il succède à Michel Rocard à la tête du parti. En 1978, il tente de lancer «une nouvelle gauche socialiste, écologiste et autogestionnaire». Et quitte le parti sur cet échec. Huguette Bouchardeau lui succède. La victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981 lui fait quitter les sombres couloirs du ministère des finances (alors logé dans une aile noire de suie du Louvre) pour les cabinets ministériels. Il travaille avec le ministre communiste Anicet Le Pors (fonction publique), avant de rejoindre, en 1983, une certaine… Huguette Bouchardeau, secrétaire d’Etat de l’environnement. Ensemble, ils donnent ses premières lettres de noblesse à la démocratie participative. La loi Bouchardeau définit l’enquête publique et donne son indépendance au commissaire enquêteur.

Au début du second mandat de François Mitterrand, Michel Mousel est bombardé directeur de l’eau et de la prévention des pollutions et des risques, avant de prendre les rênes de la délégation interministérielle aux risques naturels et technologiques du ministère de l’environnement, alors dirigé par Brice Lalonde, autre ancien du PSU. C’est l’époque de la rationalisation.

développement durable

On fusionne l’AFME[1], l’Anred[2] et l’AQA[3] en un nouvel organisme: l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). L’inspecteur des finances Mousel sera le premier président de cet Epic. A sa tête, il participe à la préparation du sommet de la terre de Rio, en 1992. Cette convention accouche d’un nouveau principe appelé à prospérer: le développement durable. Une formidable synthèse des mondes de l’entreprise, du social et de l’environnemental, telle qu’auraient pu la rêver les militants (certains d’entre eux, en tout cas) du PSU.

Michel Mousel porte l’idée et fonde, en 1993, l’association 4D[4], pour suivre les engagements pris par la France à Rio. Le retour de la droite au pouvoir le fait quitter l’Ademe. Revenant à ses premières amours professionnelles, il devient, en 1994, contrôleur d’Etat chargé de la SNCF.

En 1997, le premier ministre socialiste, Lionel Jospin, le nomme à la tête d’une nouvelle structure : la mission interministérielle de l’effet de serre (Mies). Des années durant, les serviteurs de cet organe étrange seront les seuls fonctionnaires à alerter ministres, journalistes, élus et entrepreneurs des risques sociétaux que font peser les effets des changements climatiques. Longtemps, ils prêcheront dans le désert. En 2002, c’est tout naturellement que Michel Mousel préside aux destinées du comité français pour l’organisation du sommet de Johannesbourg, le sommet Rio+10.

Sa retraite professionnelle, en 2006, renforce son ardeur réformiste. En 2007, l’ex-PSU prend sa carte au parti socialiste. Avec une idée en tête. Au congrès de Reims, il présente la motion: «pour un parti socialiste résolument écologique». Un slogan qui sonne étrangement ces jours-ci[5].



[1] Agence française pour les économies d’énergie.

[2] Agence nationale pour la récupération et l'élimination des déchets.

[3] Agence pour la qualité de l’air.

[4] 4D pour Dossiers et débats pour le développement durable.

[5] Cette nécrologie doit beaucoup à la notice biographique publiée par Didier Fischer : https://maitron.fr/spip.php?article147030