L'Europe championne du monde de la baisse de méthane

Le 28 août 2020 par Romain Loury
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L'élevage, responsable de 30% des émissions anthropiques de méthane
L'élevage, responsable de 30% des émissions anthropiques de méthane

Les émissions mondiales de méthane ont augmenté de 9% depuis le début des années 2000, révèle une grande analyse publiée dans Earth System Science Data par un consortium de climatologues. L’Europe est le seul continent où elles décroissent.

Après une période de stabilisation au début des années 2000, les émissions de méthane, deuxième gaz à effet de serre derrière le dioxyde de carbone, sont reparties en forte hausse depuis 2007, démontre cette étude internationale coordonnée par des chercheurs du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Sur la période 2008-2017, elles s’élèvent en moyenne à 576 millions de tonnes par an, celles de 2017 étant de 9% supérieures à celles de 2000-2006.

La majorité d’entre elles (60%) sont d’origine anthropique: elles émanent avant tout de l’élevage (30%), de la production et de l’utilisation d’énergies fossiles (22%), des déchets (18%), de l’extraction de charbon (11%), de la riziculture (8 %), ainsi que de la combustion de biomasse et de biocarburants (8%).

Elevage, déchets, énergies fossiles

Les chercheurs estiment que l’augmentation depuis le début du siècle provient à part égale de l’élevage et des déchets d’une part (60%), de l’énergie fossile d’autre part (40%). Tous les continents y contribuent, en particulier l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Nord. Si les hausses asiatiques et africaines s’expliquent surtout par l’élevage et les déchets, celles de la Chine et des Etats-Unis sont avant tout le fait des énergies fossiles.

Seul continent dont les émissions sont en baisse, l’Europe (entre -2 et -4 millions de tonnes de méthane de moins qu’au début de la période): cette diminution est particulièrement sensible dans les secteurs de l’élevage et des déchets, constatent les chercheurs.

Une trajectoire incompatible avec l’Accord de Paris

Depuis 2014, la teneur atmosphérique en méthane augmente de 8 à 12 parties par milliard par an (ppb/an), au même niveau que dans les années 1980. La trajectoire se situe ainsi entre les scénarios RCP6.0 et RCP8.5 définis par le Giec[i], soit une hausse thermique mondiale comprise entre 3 °C et 4 °C d’ici la fin du siècle.

A la différence du CO2, qui demeure dans l’atmosphère des centaines d’années, le méthane est d’une courte durée de vie, d’environ 12 ans. Plus puissant gaz à effet de serre que le CO2 (son potentiel de réchauffement global est 28 fois plus élevé sur 100 ans), il constitue donc une piste d’atténuation climatique aux effets plus rapides, notent les auteurs.

Les émissions naturelles encore mal définies. Qu’elles proviennent des zones humides, de la fermentation entérique des termites, de sources géologiques ou du pergélisol, les émissions naturelles de méthane (environ 40% des émissions totales) demeurent mal connues. Leur estimation varie fortement selon la méthode choisie: avec une approche descendante («top-down »), elles sont de 218 millions de tonnes/an, alors qu’elles sont de 371 millions de tonnes/an avec l’approche ascendante («bottom-up»).


[i] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat