Menacé par le réchauffement, le ski contre-attaque

Le 02 octobre 2020 par Romain Loury
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Les stations de ski au défi du réchauffement
Les stations de ski au défi du réchauffement
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Les professionnels du ski veulent verdir leurs activités, garanties sans ‘greenwashing’: tel est le sens du programme annoncé vendredi 2 octobre par Domaines skiables de France, chambre professionnelle des professionnels du ski.

Face au réchauffement, de nombreuses stations de ski, en particulier celles des Pyrénées et celles situées à basse altitude, sont très directement menacées. Face au manque de neige, le recours à l’enneigement artificiel, qui a explosé depuis les années 1980, devrait se faire toujours plus courant.

Pour les professionnels de ce tourisme, «cela a longtemps été un sujet tabou, nous craignions de ne pas être légitimes pour en parler», a reconnu Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France, lors d’une conférence de presse organisée vendredi 2 octobre en marge d’un congrès annuel organisé à Grenoble. «Pourtant, nous sommes aux premières loges pour assister au recul des glaciers, à la fonte du permafrost, à la baisse de l’enneigement», qui menacent les 17.000 emplois générés par ce secteur.

Si le tourisme du ski est souvent pointé du doigt par les défenseurs de l’environnement (bilan carbone, utilisation de l’eau pour la neige artificielle, dégradation des paysages, atteintes à la biodiversité), Alexandre Maulin, qui déplore ce «montagne bashing», reconnaît que le secteur «doit être exemplaire».

Neutralité carbone en 2037

C’est le sens des 16 mesures présentées vendredi, adoptées à l’unanimité des membres de la chambre professionnelle (pour la plupart des opérateurs de domaines skiables et de remontées mécaniques). Premières d’entre elles, celles ayant trait à l’énergie, avec un objectif de neutralité carbone d’ici à 2037. Pour cela, les dameuses devront à l’hydrogène plutôt qu’au gasoil -95% des émissions actuelles de GES des domaines skiables. Les trois grands fabricants mondiaux de dameuses planchent actuellement sur le sujet, avec de premiers prototypes présentés «d’ici trois à cinq ans».

«Cette solution implique qu’avec les élus des territoires de montagne, soient développés dans les vallées, des sites de production et des systèmes de distribution d’hydrogène vert qui serviront aussi aux transports publics et aux camions. L’air respiré n’en sera que meilleur», explique Domaines skiables de France.

Le plan prévoit aussi une formation à l’éco-conduite du personnel de damage d’ici cinq ans, et des conducteurs de remontées mécaniques d’ici deux ans. Pour ces derniers, sommés de réduire la vitesse des remontées lorsque les clients sont moins nombreux, la consommation électrique pourrait baisser de 10% à 20%. Le plan prévoit aussi une fermeture de certaines remontées, en cas d’afflux moindre, si cela n’affecte pas le nombre de pistes accessibles.

Lisser les prélèvements d’eau

Côté eau, les domaines skiables utilisant plus de 100.000 m3 d’eau par an pour la neige artificielle vont «lisser» leur prélèvement dans le temps, en stockant de l’eau. Ces stocks pourront être partagés, en période de sécheresse, avec les éleveurs de leur territoire, ainsi que pour les besoins en eau potable et la lutte contre les incendies. Les besoins de neige seront plus strictement évalués, avec mesure systématique du niveau sur les pistes par les dameuses, du pour les domaines dont la flotte dépasse six engins.

Pour la biodiversité, les domaines devront disposer, d’ici cinq ans, d’un inventaire de leur faune et de leur flore, ainsi que des zones humides, des zones d’hivernage et de reproduction, afin d’empêcher tout impact néfaste. D’ici cinq ans, les tronçons de remontées mécaniques exposant le tétras-lyre (Alpes) et le grand-tétras (Pyrénées) à des blessures mortelles seront équipés d’avertisseurs visuels.

En matière de paysages, Domaines skiables de France s’engage à revégétaliser toute zone aménagée, et ce avec des semences locales. Il prévoit aussi de démonter les remontées mécaniques abandonnées à partir de 2021, pour atteindre un rythme minimum de trois par an à compter de 2023. Elles seraient au nombre de «quelques dizaines» en France, indique la chambre professionnelle, interrogée par le JDLE.

Quant aux déchets, les domaines skiables proposeront, au moins une fois par an, une opération de ramassage sur chaque station ou site, tout en déployant des opérations de sensibilisation des skieurs et des randonneurs.

Un suivi, mais pas de contrainte

Quel suivi Domaines skiables de France assurera-t-il de ses mesures? «On ne veut pas qu’elles soient juridiquement contraignantes, car on n’a pas à contraindre qui que ce soit du moment que nos adhérents les unanimement approuvées. Il y aura un suivi, et nous nous travaillerons avec des ONG et des associations d’élus», indique Alexandre Maulin.

Avant même qu’ils s’égayent sur les pistes, l’afflux de touristes vers les stations engendre un surplus d’émissions, ne serait-ce que pour leur trajet en voiture. «Pour aller à la montagne, une famille de quatre personnes émet 200 kg de CO2, contre 16 tonnes pour aller en avion en Asie. Nous avons toutefois beaucoup d’espoir dans les trains de nuit, et d’ailleurs nous demandons à ce que plus de trains viennent vers les vallées», ajoute-t-il.