Marie Toussaint : «un accord laborieux»

Le 21 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour l'eurodéputée française (EELV), le compte n'y est pas.
Pour l'eurodéputée française (EELV), le compte n'y est pas.
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Pour l’eurodéputée française (EELV), le résultat du conseil européen n’est pas probant.

Vous félicitez-vous de l’accord conclu ce 21 juillet, au terme du conseil européen?

L’égoïsme des libéraux est en train de tuer l’Europe. Au moment où l’on a besoin de coopération, ils pensent en termes de compétition nationale. L’Europe est prise en étau entre les nationaux-populistes et l’agenda néo-libéral qui avance masqué. Je trouvais déjà que la proposition d’accord, formulée par les gouvernements français et allemand, le 18 mai, n’était pas à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et écologiques. Le résultat final du Conseil européen est encore moins probant, tant en terme de montants que de contenus.

 

L’accord n’est donc pas historique?

Il l’est pour ce qui concerne la mise en commun des dettes. C’est une première, que l’on peut considérer comme un événement historique. En même temps, il faut déplorer que les montants actés par les 27 sont bien moindres que les 2.000 milliards proposés par le Parlement européen et moins importants aussi que ceux de la proposition franco-allemande. Je ne parle même pas des 5.000 milliards du projet de plan de relance présenté par le groupe vert au parlement européen.

 

Où a-t-on pratiqué les coupes sombres les plus dommageables?

Sur le second pilier de la prochaine politique agricole commune. Cela fera 7,5 milliards en moins pour l’agriculture biologique et les pratiques agro-écologiques. En pleine pandémie de Covid-19, on peut aussi regretter la disparition des 9 milliards qui étaient consacrés aux politiques de santé. Ou encore, en matière de transition et de préparation de l’avenir, aux 10 milliards de coupe dans le budget du Fonds de transition juste, à peine né... Mais il y a, peut-être, plus inquiétant que ces coupes sombres.

 

La conditionnalité de l’attribution des crédits européens?

Tout à fait. Pour bénéficier du soutien européen, les Etats membres devront lui soumettre leur plan de relance national. Les projets contenus dans ces plans devront répondre aux priorités communautaires : transition numérique, transition écologique, notamment. Mais, dans le texte adopté par les 27, on ne sait pas très bien comment la Commission déterminera si un projet, réputé bon pour le climat, est conforme ou non aux principes posés par l’Accord de Paris. Les critères de sélection de la Commission sont très flous. Même chose pour l’aide à l’innovation. Sur le principe, nous y sommes, bien sûr, favorables. Mais cela sert aussi à consolider le budget, qui a beaucoup dérapé, du programme Iter. Et cela nous déplaît fortement. En revanche, nous applaudissons les montants qui sont dédiés au démantèlement de centrales nucléaires.

 

Le Conseil a aussi avancé sur le financement de l’Union par des ressources propres.

Et c’est une bonne chose que l’Europe dispose de plus de ressources sans alourdir la fiscalité des Européens. Mais dans ce domaine, on fait du neuf avec du vieux. Les projets de taxe sur les transactions financières, de taxe carbone aux frontières sont sur la table depuis longtemps. Et ils ne verront pas le jour, si tout va bien, avant quelques années. Les grands groupes dépassés par le changement de modèle induit par une économie décarbonée ainsi que les patrons européens viennent d’ailleurs de formuler leur inquiétude face à ces outils innovants. Le Conseil ne souffle mot sur la réforme des aides d’Etat qui pourrait être un excellent levier pour financer la transition climatique.

 

Quelle sera la réponse du parlement aux conclusions du Conseil ?

Chaque groupe politique y travaille. Nous devons voter ces conclusions le jeudi 23 juillet. J’espère, qu’à cette occasion, nous pourrons faire préciser à la Commission ses critères de sélections des projets inclus dans les plans de relance. Nous rappellerons aussi l’enjeu majeur du financement de la transition écologique et solidaire, et du Green Deal.