Les solutions du Cese pour ancrer l’alimentation durable au niveau local

Le 09 décembre 2020 par Stéphanie Senet
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Comme les citoyens pour le climat, le Cese demande des chèques alimentaires dédiés aux produits bio et locaux
Comme les citoyens pour le climat, le Cese demande des chèques alimentaires dédiés aux produits bio et locaux

Dans un avis adopté ce 9 décembre, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) préconise d’ancrer l’alimentation durable dans les territoires, en distribuant notamment des chèques aux ménages les plus modestes.

Alors que la crise sanitaire a aggravé la précarité alimentaire, le Cese veut renforcer l’accès de tous aux aliments bénéfiques à la santé et à l’environnement en créant des maisons de l’alimentation durable dans les communes et les quartiers. Ces « fab lab » dédiés au bien manger, selon l’expression du rapporteur Albert Ritzenthaler, proposeraient des ateliers de cuisine et des chèques «d’alimentation durable locale», à utiliser chez les producteurs locaux par les personnes en difficultés. 8 millions de Français ont actuellement recours à l’aide alimentaire.

Hasard du calendrier, le think tank Terra Nova propose, ce même 9 décembre, de verser aux ménages les plus modestes –gagnant jusqu’à 1,6 Smic- un chèque vert de 300 euros pour acheter, plus largement, des biens et services bénéfiques à l’environnement. 15 millions de personnes en bénéficieraient, sans contrepartie, pour un montant évalué à 4,5 milliards d’euros. Ces chèques pourraient être utilisés dans les épiceries bio, les ressourceries et les magasins de produits locaux.

Pour l’instant, Bercy s’est formellement opposé à ce type de soutien, estimant que le dispositif de chômage partiel suffisait à soutenir le pouvoir d’achat des Français.

En dehors des cantines

Autre idée du Cese: instaurer une compétence «alimentation durable» au sein des communes et des EPCI[1] pour qu’elle se développe, au-delà des seules cantines scolaires, en lien avec la gestion de l’eau potable, du foncier et de l’urbanisme. Dans la même perspective, un label « Qualité durable » serait destiné aux restaurants commerciaux remplissant les critères de la loi Egalim. Soit 50% de produits durables dont 20% de bio. Selon les documents transmis à la convention citoyenne sur le climat le 8 décembre, le gouvernement s’oriente plutôt vers l’élargissement de l’objectif à toutes les cantines privées en 2025.

A noter qu’un débat sur la « durabilité » de l’alimentation serait nécessaire, alors que les critiques fusent autour de la certification HVE niveau 3 par la Confédération paysanne et les tenants du bio.

Logistique résiliente

Conçu sur le modèle des projets alimentaires territoriaux (PAT), un contrat logistique imposerait aux métropoles de rééquilibrer leurs approvisionnements et d’organiser leur résilience alimentaire. «Paris a seulement trois jours d’autonomie alimentaire alors que la moitié de l’Ile-de-France est cultivable et que nous exportons une bonne partie des productions hors de la région», rappelle Albert Ritzenthaler.

Les rapporteurs Florence Denier-Pasquier et Albert Ritzenthaler veulent aussi accroître le nombre de PAT. La France en compte aujourd’hui 210 alors que la loi Egalim en visait 500 en 2020. Leur idée : les inscrire dans toutes les stratégies nationales et territoriales et ouvrir leur gouvernance aux citoyens, associations et AMAP.

Pour atteindre les objectifs de la loi Egalim dans les cantines scolaires, l’avis préconise de soutenir les filières alimentaires durables via les MAEC[2] inscrites dans le futur Plan stratégique national lié à la PAC[3].

Enfin, pour gagner des points contre le gaspillage alimentaire, il est recommandé d’améliorer le diagnostic et le suivi de la production de déchets et d’alléger les normes de commercialisation relatives au calibrage des fruits et légumes.

A voir le destin des propositions alimentaires de la convention citoyenne sur le climat, ces bonnes idées pourraient rester dans les placards du palais d’Iéna à Paris. Selon les documents transmis le 8 décembre au groupe thématique « Se nourrir », le gouvernement est opposé à l’offre quotidienne d’un choix végétarien dans les cantines publiques en 2022, lui préférant une expérimentation volontaire de deux ans, à partir de septembre 2021. La dynamique végétarienne est pourtant lancée dans les cantines scolaires, avec un menu végétarien déjà proposé chaque semaine à 71% des élèves d’écoles maternelles et primaires françaises.



[1] Etablissements publics de coopération intercommunale

[2] Mesures agro-environnementales et climatiques

[3] Politique agricole commune