Rendre l’agriculture plus résiliente

Le 15 décembre 2020 par Stéphanie Senet
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Des pistes avant l'annonce du plan Climat du ministère de l'agriculture
Des pistes avant l'annonce du plan Climat du ministère de l'agriculture

Dans un rapport conjoint, le CGAAER et le CGEDD proposent une série de nouveaux outils pour adapter le modèle agricole français au réchauffement climatique en le rendant plus économe en eau et plus protecteur des sols en 2050.

Commandé en mars 2019 par les ministres de l’agriculture et de la transition écologique, ce rapport avait pour mission de projeter l’agriculture française en 2050. Si l’exercice a déjà été réalisé par d’autres institutions, dont l’Inrae, il se focalise ici sur la consommation d’eau. 

Avec un ton assurément nouveau. Dans leur opus de 300 pages, les rapporteurs insistent sans ambiguïtés sur la nécessaire «évolution en profondeur de l’agriculture». «L’ampleur du changement climatique en 2050 ne sera pas compatible avec de simples adaptations des modèles agricoles», écrivent-ils. Ils recommandent la généralisation du modèle agroécologique, grâce à «un panier de solutions propre à chaque territoire» et des subventions de la PAC[1] complétées par des fonds régionaux et des «contrats de conversion climatique». Conçus sur le modèle des aides à la conversion à l’agriculture biologique, ceux-ci seraient limités à 5 ans.

Les sols, piliers de l’adaptation

Deuxième recommandation : faire des sols le socle de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. «C’est la première infrastructure naturelle de stockage de l’eau», affirment les rapporteurs, qui veulent massifier les pratiques de conservation des sols en développant les bonnes pratiques : alternatives aux pesticides, soutiens financiers au stockage du carbone dans les sols, dispositifs de compensation carbone basés sur des contrats entre agriculteurs et sociétés engagées (autour de l’obligation réelle environnementale) et des indicateurs de la qualité des sols. Pour les favoriser, des aménagements climatiques de l’agriculture devraient être inscrits dans les documents d’urbanisme (PCAET, SCOT et PLUi).

Une irrigation de résilience

Troisième recommandation, et non des moindres, les deux Conseils préconisent «une irrigation de résilience» en s’appuyant sur le développement de la R&D, la mobilisation des coopératives pour l’essor d’agro-chaînes basées sur des cultures plus économes en eau, et des aides publiques aux agriculteurs. Les rapporteurs envisagent aussi de développer des retenues d’eau autant que des projets de réutilisation des eaux usées traitées, en particulier dans les zones littorales et insulaires. Encore embryonnaires, les PTGE[2] devront se multiplier et être renforcés par des contrats entre les acteurs de l’eau et de l’agriculture, grâce à des organismes uniques de gestion collective (OUGC).La modification du statut des OUGC leur permettrait d’être co-signataires des contrats et de piloter la gestion résiliente de l’eau sur un territoire.

Bonne nouvelle côté gouvernance : les PTGE restent la meilleure réponse au plan local. Encore peu déployés sur le territoire, ils pourraient être renforcés en étant intégrés aux Sage[3] du bassin et en portant certains projets d’infrastructures.

Une mission interministérielle

Enfin, les CGAAER[4] et le CGEDD[5] lèvent un frein institutionnel majeur en proposant une meilleur cohérence des politiques de l’eau entre les ministères de l’agriculture et de la transition écologique. Leur idée ? Mettre en place un groupe de travail interministériel permanent, qui s’appuierait sur un réseau d’observatoires du changement climatique lié à l’agriculture. Autant de pistes qui pourraient être reprises dans le plan climat de l’agriculture que présentera le ministre Julien Denormandie en début d’année prochaine.

 



[1] Politique agricole commune

[2] Projets de territoire pour la gestion de l’eau

[3] Schémas d’aménagement et de gestion de l’eau

[4] Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux

[5] Conseil général de l’environnement et du développement durable