Les plantes invasives, autre fléau des insectes

Le 14 décembre 2020 par Romain Loury
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L'ambroisie, plante invasive
L'ambroisie, plante invasive
©Sarah Brunel

Avec l’agriculture, la perte d’habitat et le changement climatique, les plantes invasives constituent l’une des grandes causes du déclin mondial des insectes, estiment des chercheurs américains dans la revue Ecological Entomology. Or le sujet demeure à ce jour peu étudié.

En 2017, une étude allemande très médiatisée révélait une chute de 76% de la biomasse d’insectes en 30 ans dans le pays, principalement du fait de l’intensification agricole et de la perte d’habitat. Depuis, le constat a été étendu à d’autres zones géographiques. Cet ‘Insect Armageddon’ serait d’ailleurs l’une des causes de la raréfaction des oiseaux, grands consommateurs de ‘six-pattes’.

Ce déclin pourrait être lié à plusieurs causes, dont l’agriculture, la perte d’habitat et les pesticides en premier lieu, ainsi que le réchauffement climatique. Or une cause demeure à ce jour assez peu étudiée: les plantes invasives. Dans une revue de la littérature publiée dans Ecological Entomology, Douglas Tallamy, entomologiste à l’université du Delaware (Newark), et ses collègues estiment qu’il s’agit là d’une cause de premier plan.

Des espèces inadaptées aux insectes locaux

S’il existe quelques cas où les insectes s’accommodent très bien de ces nouvelles arrivantes, la plupart d’entre elles présentent bien peu d’intérêt nutritif. Faute d’avoir coévolué avec les plantes invasives, les insectes, en particulier ceux se nourrissant de feuilles, ne savent que faire d’une plante dont ils ne peuvent pas métaboliser les substances toxiques –produites afin de se défendre. Outre un effet direct sur les insectes, les plantes invasives peuvent bouleverser l’écosystème, notamment déloger les espèces locales appréciées par les insectes.

Selon les chercheurs, les chenilles, qui se nourrissent des feuilles, sont donc particulièrement vulnérables aux plantes invasives. Selon une étude publiée en 2015, 69% des espèces de chenilles se nourrissent exclusivement d’une seule famille de plantes, parfois d’une seule espèce. Cette dépendance des insectes à un petit groupe de plantes s’accroît d’ailleurs  sous les tropiques: en Papouasie-Nouvelle-Guinée, plus de 90% des insectes ne consomment que d’un seul genre végétal.

«Les plantes exotiques ne sont pas l’équivalent des plantes natives, pourtant elles les ont remplacées comme espèces ornementales, comme produits agricoles et forestiers, ou comme espèces invasives [à l’état naturel] à travers le monde», constatent les chercheurs. Selon eux, lutter conte l’expansion et l’usage de ces espèces constituera «un moyen nécessaire et efficace» afin d’enrayer le déclin des insectes.

En France, le coût élevé de l’ambroisie. Originaire d’Amérique du Nord, l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) ne cesse de s’étendre en France. Selon un rapport publié début décembre par l’Anses, cette plante fortement allergisante est d’ores et déjà bien implantée dans le Rhône, l’Isère, la Drôme, la Nièvre et le Cher, et colonise peu à peu les Charentes, la Côte-d’Or et le Gard. Selon l’agence, elle engendre un coût de prise en charge médicale de 59 à 186 millions d’euros par an, et des pertes de production (arrêts de travail) comprises entre 10 et 30 M€ par an.